Avec “Red Carpet”, Hofesh Shechter transforme Garnier en cabaret techno et baroque
Avec “Red Carpet”, Hofesh Shechter transforme Garnier en cabaret techno et baroque

Le chorégraphe israélien Hofesh Shechter électrise l’Opéra de Paris avec Red Carpet, sa première création originale pour le Ballet. Jusqu’au 14 juillet, treize danseurs de l’institution livrent une performance fulgurante, entre transe collective et pulsations électroniques, dans un décor inspiré autant du glamour que de la décadence. Une incursion spectaculaire dans l’univers d’un artiste qui ne fait aucune concession.

Une rave party théâtrale dans l’écrin du Palais Garnier

Dès l’ouverture des lourds rideaux rouges du Palais Garnier, le ton est donné : Shechter renverse les codes. Sur scène, un quatuor de musiciens (violoncelle, cuivre, contrebasse, batterie) lance les premières notes d’une partition originale mêlant free jazz, sons méditerranéens et techno en apnée — une musique cosignée par le chorégraphe lui-même avec son complice Yaron Engler. C’est cette matière sonore brute qui propulse les treize interprètes dans un mouvement continu et fiévreux, rythmé par des spasmes, des pas folkloriques, des saccades hypnotiques et des éclats de sensualité.

Les danseurs et danseuses du Ballet — dont Caroline Osmont, Ida Viikinkoski, Laurène Levy, Takeru Coste ou Loup Marcault-Derouard — livrent des performances intenses, comme animés par une énergie viscérale. Pas d’étoile ici, mais un corps collectif d’une remarquable homogénéité. « J’avais cette idée de créer un groupe intime, une famille, pour ressentir une énergie resserrée », explique Shechter dans un entretien publié sur le site de l’Opéra. Le chorégraphe puise aussi dans ses souvenirs d’enfance : la danse folklorique à Jérusalem, la série Fame, la découverte de la fête comme échappatoire. Ce passé, filtré par une esthétique punk et baroque, irrigue toute la pièce.

Entre glamour et épuisement, une déclaration d’amour à la scène

Red Carpet joue aussi avec les symboles : costumes signés Chanel, podiums mouvants, lustres monumentaux et clins d’œil aux années 1920. Le titre, en apparence mondain, évoque autant l’apparat que la dérision. L’Opéra devient cabaret déglingué, scène de club underground, temple de la danse en fusion.

Mais après l’euphorie, la fragilité. Une séquence bouleversante suspend le temps : en silence, quelques danseurs en maillot beige fixent le public, adossés à un rideau fermé, comme à bout de souffle. L’un s’effondre, rattrapé par les autres. Une pause poignante avant le retour de la fête, dans une dernière danse plus lascive, presque flottante. Un contraste que Shechter revendique, lui qui a déclaré à France Télévisions vouloir mêler rage et tendresse dans ses créations.

Le succès de Red Carpet confirme la place singulière d’Hofesh Shechter dans le paysage chorégraphique contemporain. Déjà entré trois fois au répertoire de l’Opéra, il incarne une rare liberté artistique, jusqu’à composer lui-même la musique de ses pièces. Son lien fort avec le Ballet de Paris, ainsi qu’avec son directeur José Martinez, laisse entrevoir de futures collaborations. En attendant, le public peut encore vivre cette expérience sensorielle jusqu’au 14 juillet — entre sueur, fièvre et beauté.

Partager