Icône art déco de l’horizon new-yorkais, le Chrysler Building cherche un nouvel acquéreur, mais les prétendants ne se pressent pas. Selon l’AFP, la tour est remise sur le marché après l’expropriation de ses derniers propriétaires, sur fond de loyers impayés et de lourds besoins de rénovation, dans un contexte où l’immobilier de bureaux reste fragilisé par le télétravail.
Un monument prestigieux, mais un immeuble vieillissant
Coiffé de sa célèbre couronne d’acier et orné de gargouilles et de casques ailés inspirés de l’univers Chrysler, l’édifice continue d’attirer les touristes… sans leur offrir de panorama : sa plateforme d’observation est fermée depuis 1945, rappelle l’AFP. Mis en service en 1930, le gratte-ciel culmine à 318 mètres, compte 77 étages et environ 117 000 m², au 405 Lexington Avenue, en plein Manhattan, une adresse qui séduit encore cabinets d’avocats, professions libérales, sociétés de coworking ou agences.
Mais derrière la façade mythique, les critiques s’accumulent. Des médias ont relayé, selon l’AFP, des plaintes d’occupants évoquant des espaces datés, des peintures abîmées, des ascenseurs capricieux, des bureaux étroits, des fenêtres jugées petites, voire des rongeurs. Ruth Colp-Haber, de l’agence Wharton Property, confirme à l’AFP que le bâtiment souffre de nombreux problèmes techniques et qu’il faudra “beaucoup de travaux et beaucoup d’argent”, d’autant que les tours récentes offrent des prestations supérieures, notamment sur les hauteurs sous plafond et la climatisation.
Un dossier compliqué par le bail du terrain et les règles patrimoniales
La complexité du Chrysler Building ne tient pas qu’à son état. Le terrain appartient depuis 1902 à Cooper Union, une école d’ingénierie, d’architecture et de sciences humaines, qui perçoit un loyer annuel du propriétaire de la tour, fixé à 32,5 millions de dollars pour la période 2019-2027. C’est dans ce cadre que le dernier duo propriétaire — le promoteur américain RFR et le groupe autrichien Signa — a été exproprié par un juge en septembre 2024 pour non-paiement du loyer, après une acquisition en 2019 à 151 millions de dollars assortie d’une promesse de 250 millions de travaux. Signa ayant fait faillite fin 2023, RFR a ensuite cessé de payer en mai 2024 et l’arriéré atteignait 21 millions de dollars au moment de l’expropriation, d’après des documents de justice consultés par l’AFP.
Cooper Union cherche désormais un repreneur pour cette tour classée monument historique à New York depuis 1978, ce qui implique une contrainte majeure : toute modification intérieure ou extérieure doit être validée par la Landmarks Preservation Commission (LPC). Dans l’attente, “tout est gelé”, indique Ruth Colp-Haber à l’AFP, même si certains imaginent une reconversion partielle en hôtel ou en logements. Une chose est sûre : la démolition d’un tel monument reste, d’après un spécialiste cité anonymement par l’AFP, un scénario extrêmement improbable.