Comptes oubliés: la Caisse des dépôts rend 164 millions d'euros aux Français en 2025
Comptes oubliés: la Caisse des dépôts rend 164 millions d'euros aux Français en 2025

Il y a l’argent qu’on compte et celui qui dort, silencieux, au fond d’un livret perdu de vue ou d’une assurance-vie dont personne ne se souvient. En 2025, la Caisse des dépôts (CDC) a restitué 164,4 millions d’euros à leurs ayants droit, des sommes issues de comptes bancaires et de contrats devenus inactifs. Une mécanique peu connue du grand public, mais qui remet parfois un peu d’ordre dans des successions ou des vies administratives à tiroirs.

Depuis 2017, la porte d’entrée s’appelle Ciclade, un service en ligne géré par la CDC. On y cherche un compte oublié, un livret d’épargne d’enfance, le capital d’un proche décédé dont on ignore être bénéficiaire. Quand une trace est retrouvée, particuliers, héritiers ou notaires peuvent demander la restitution, sans frais. En 2025, 200.000 demandes ont été déposées et le montant moyen restitué s’est élevé à 943 euros, de quoi régler une facture ou, parfois, tomber sur une petite surprise.

Derrière ces restitutions, il y a une obligation imposée aux banques et aux assureurs: la loi Eckert, votée en 2014 et appliquée à partir de 2016, qui encadre les comptes inactifs et les contrats en déshérence. Les établissements doivent repérer l’absence d’activité, tenter de contacter le titulaire, puis transférer les fonds après un certain délai. C’est le moment où la CDC devient le coffre public, avec une promesse simple: conserver et rendre si quelqu’un se manifeste avec les bons justificatifs.

Ciclade, le guichet numérique des héritages inattendus

Concrètement, quand un compte est jugé inactif, la banque doit régulièrement écrire au titulaire pour l’inviter à se manifester. Au bout d’un délai d’inactivité, souvent dix ans pour un compte bancaire, l’argent quitte l’établissement pour être transféré à la Caisse des dépôts. En 2025, 758.000 comptes et contrats ont ainsi atterri à la CDC, pour un total de 671 millions d’euros. À ce stade, l’argent n’est pas perdu, il change juste de maison, et c’est là que beaucoup de Français décrochent du fil.

Reste une règle qui, elle, ne plaisante pas avec le temps long: si personne ne réclame les sommes après vingt ans une fois à la CDC, elles sont versées à l’État et aux collectivités d’outre-mer. En 2025, cela a représenté 89 millions d’euros. Dit autrement, il existe une fenêtre pour récupérer ce qui appartient à une famille ou à un titulaire, mais elle n’est pas éternelle, et l’administration finit par refermer la porte.

Ce ballet annuel dit quelque chose de notre époque: on change de banque, d’adresse, de vie, on empile des contrats comme des clés sur un trousseau, puis on oublie. Ciclade a le mérite de remettre un peu de lumière sur ces zones grises, tout en rappelant une évidence souvent négligée: l’argent n’aime pas le silence, et les héritages encore moins. À mesure que les transferts continuent d’augmenter, la question n’est plus de savoir si des comptes dorment encore, mais combien de temps ils resteront introuvables.

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