« TKT » : le dernier rôle poignant d’Émilie Dequenne contre le harcèlement
« TKT » : le dernier rôle poignant d’Émilie Dequenne contre le harcèlement

Le film TKT, en salles depuis le 24 septembre, aborde avec justesse et émotion la mécanique insidieuse du harcèlement scolaire à travers le destin d’une adolescente. Dernier long-métrage de l’actrice Émilie Dequenne, disparue en mars dernier, il se veut aussi un outil de sensibilisation précieux pour les jeunes et leurs parents.

Harcèlement invisible, drame visible

Au cœur du film signé par la réalisatrice belge Solange Cicurel, on suit Emma, 16 ans, lycéenne aimée, entourée, et pourtant brutalement confrontée à une spirale de harcèlement. Des moqueries apparemment anodines à une vidéo humiliante diffusée en ligne, l’adolescente bascule lentement dans l’isolement, jusqu’à une tentative de suicide. L’histoire s’ouvre d’ailleurs sur son transfert aux urgences après l’ingestion de somnifères.

Le récit, inspiré du roman Tout ira bien d’Elena Tenace, remonte les événements par fragments, à travers le regard de ses proches. Le procédé rappelle celui de la série 13 Reasons Why, et permet de pointer du doigt la responsabilité collective : des harceleurs aux témoins passifs. Pour la réalisatrice, qui a confié à Le Parisien avoir recueilli de nombreux témoignages d’adolescents harcelés, « il fallait montrer qu’aucun profil n’est à l’abri ». Elle a d’ailleurs choisi de représenter une héroïne rayonnante et populaire, pour déconstruire les stéréotypes.

Un film coup de poing, un message en héritage

Dans TKT, Émilie Dequenne incarne la mère d’Emma. Son jeu tout en retenue donne encore plus d’intensité à cette figure parentale impuissante, qui découvre trop tard la souffrance de sa fille. Solange Cicurel a révélé au Parisien que l’actrice, marquée dans sa propre enfance par une expérience de harcèlement, avait immédiatement accepté le rôle, qu’elle voyait comme une façon de porter un message important.

En tournage en 2023, alors qu’elle ignorait encore être malade, l’actrice s’est montrée très présente et bienveillante auprès de la jeune comédienne principale, Lanna de Palmaert. La réalisatrice se souvient d’une « petite maman » de plateau, attentionnée et solaire, comme elle le confiait à Aujourd’hui en France. Le film, sorti en Belgique de son vivant, est désormais projeté en France sans récupération médiatique autour de sa disparition : la production ayant délibérément retardé sa diffusion.

Loin d’être seulement un drame, TKT se veut aussi un support pédagogique. Avec le soutien de l’association e-Enfance, engagée dans la lutte contre le cyberharcèlement, le film renvoie à la fin vers le numéro d’aide national 3018. Sony Pictures a même lancé une plateforme de réservation de séances scolaires afin de favoriser les discussions en classe. Un geste fort pour que le film, et le dernier rôle d’Émilie Dequenne, servent à éveiller les consciences.

Partager