Nommé aux Oscars 2026 pour Arco, Ugo Bienvenu profite de la visibilité offerte par son premier long-métrage pour défendre une vision artisanale de la création. Le réalisateur français de 38 ans, déjà récompensé à Annecy puis aux César, s’inquiète de la place grandissante prise par l’intelligence artificielle dans le cinéma. Dans un entretien à l’AFP, il estime que le risque dépasse largement la seule question de l’emploi : selon lui, c’est la capacité même des artistes à imaginer qui est menacée.
Une technologie rejetée au nom de la création humaine
Pour Ugo Bienvenu, l’IA ne peut pas être considérée comme un simple instrument de travail. Auprès de l’AFP, il compare son usage à une dépendance qui finirait par affaiblir ceux qui créent. Il défend au contraire le droit à l’erreur, aux tâtonnements et à cette part d’inconscient qui nourrit, selon lui, toute œuvre authentique. Son film Arco, entièrement dessiné en 2D, s’inscrit d’ailleurs dans cette logique : ce récit de science-fiction imagine un futur réconcilié avec la nature, loin des automatismes technologiques qui façonnent déjà le présent.
Cette position tranche avec celle de l’Académie des Oscars. Comme le rappelle l’AFP, l’institution américaine a modifié son règlement l’an dernier pour considérer l’IA comme un outil neutre, à condition que l’initiative créative reste avant tout humaine. Plusieurs productions en lice cette saison ont ainsi eu recours à cette technologie, notamment The Brutalist pour retravailler un accent, ou Dune : Deuxième Partie pour harmoniser certains effets visuels. Deux courts-métrages d’animation assumant ouvertement l’usage de l’IA figuraient aussi parmi les films éligibles, sans être finalement retenus dans la sélection finale.
Un débat artistique, social et environnemental
Le cinéaste affirme toutefois à l’AFP avoir senti, lors du déjeuner des nommés aux Oscars, une méfiance largement partagée envers cette évolution. Il dit avoir eu le sentiment que l’IA était poussée de manière presque forcée, alors même que, selon lui, une grande partie des créateurs présents n’a pas réellement envie d’y recourir. Son discours rejoint celui d’autres personnalités du monde culturel : d’après franceinfo, plus de 800 artistes, parmi lesquels Scarlett Johansson, Cate Blanchett et Guillermo Del Toro, ont dénoncé en janvier dans une lettre ouverte ce qu’ils considèrent comme un « vol » de la part des géants de l’IA. En France, une tribune signée par 4 000 professionnels du secteur a également alerté sur le pillage des voix et des images.
Ugo Bienvenu élargit enfin la critique aux conséquences sociales et écologiques de cette technologie. Toujours auprès de l’AFP, il redoute l’émergence d’une culture standardisée, produite par des machines et consommée par les publics les plus modestes. Il appelle aussi à prendre en compte le coût matériel de l’IA. Sur ce point, il s’appuie sur une étude publiée en décembre par le site Digiconomist, selon laquelle les volumes d’eau mobilisés chaque année par les systèmes d’intelligence artificielle atteindraient, voire dépasseraient, la consommation mondiale d’eau en bouteille. Pour le réalisateur, l’IA n’a donc rien d’immatériel : elle agit à la fois sur les œuvres, sur les esprits et sur le monde physique.