Dans son deuxième long-métrage, My Father’s Son, le réalisateur chinois Qiu Sheng mêle souvenirs intimes et science-fiction pour explorer les cicatrices laissées par un père dur et l’illusion d’une réconciliation à travers la technologie. Le film, inspiré d’expériences personnelles du cinéaste, sort ce mercredi 23 juillet.
Deuil impossible et mémoire recomposée
Le récit s’ouvre sur un jeune homme, Qiao, interrompu en pleine classe pour apprendre la mort de son père, Zou Jiantang, ancien boxeur brutal et distant. Submergé par l’émotion, il est incapable de lire son discours lors des funérailles et quitte la cérémonie. C’est le début d’un parcours de reconstruction pour ce fils tiraillé entre rejet et héritage. Dans ses souvenirs, on découvre un père obsédé par la boxe, violent et incapable d’aimer, mais qui a pourtant transmis malgré lui une passion, une discipline… et une blessure.
Des années plus tard, Qiao est devenu ingénieur. À la tête d’un projet d’intelligence artificielle destiné à l’entraînement au combat, il décide de recréer un adversaire à l’image de son père disparu. À mesure que les combats virtuels s’enchaînent, la figure paternelle renaît sous forme numérique, transformant le ring en lieu de confrontation émotionnelle. Une idée inspirée, selon Qiu Sheng, par un fait divers réel — celui d’une mère sud-coréenne ayant recréé un avatar VR de sa fille défunte.
Une société transfigurée par l’intelligence artificielle
Le dernier tiers du film se déroule dans un futur proche, où la réalité virtuelle s’est infiltrée dans chaque sphère de l’intime : des examens médicaux aux rapports familiaux. Dans ce monde aseptisé, même les plantes vivent confinées derrière des vitres. Qiao, devenu père à son tour, découvre que son futur enfant pourrait hériter d’une malformation congénitale, transmis par son propre père. Une opération est possible pour rompre cette chaîne, mais c’est avant tout avec ses émotions qu’il doit renouer.
Le film interroge la capacité de la technologie à réparer ce que l’humain a brisé. Peut-on vraiment reconstituer un lien parental par le biais d’une simulation ? Peut-on pardonner à un fantôme digitalisé ce qu’on n’a pas su affronter de son vivant ? Selon Le Monde, Qiu Sheng cherche moins à proposer des réponses qu’à exposer les contradictions d’une société où les souvenirs se codent, mais où l’amour reste une donnée floue et instable.
Une mise en scène sobre pour un récit intérieur
Tourné à Hangzhou, la ville natale du réalisateur, le film alterne entre passé, présent et projections futuristes avec une fluidité maîtrisée. Le fil narratif est porté par l’éloge funèbre que Qiao n’a jamais prononcé, un texte morcelé qui structure les flashbacks et accompagne le spectateur dans les méandres de son histoire familiale.
L’eau, omniprésente dans l’imagerie du film, sert de métaphore de la mémoire, à la fois insaisissable et persistante. Qiu Sheng cite notamment l’essai L’Eau et les rêves de Gaston Bachelard comme source d’inspiration.
My Father’s Son s’impose comme une œuvre hybride, entre drame intime et science-fiction émotionnelle. Un film qui, sans fracas, explore avec finesse la complexité des liens familiaux à l’ère de la technologie.