« Je croyais ma mère immortelle » : Namir Abdel Messeeh filme le deuil et la mémoire
« Je croyais ma mère immortelle » : Namir Abdel Messeeh filme le deuil et la mémoire

Présenté à l’ACID au Festival de Cannes, La vie après Siham est un documentaire intime et pudique dans lequel le cinéaste franco-égyptien Namir Abdel Messeeh confronte la perte de ses parents et s’interroge sur ce qu’il reste à transmettre. Entre archives familiales et échos du cinéma de Youssef Chahine, un geste de mémoire et d’amour.

Un deuil personnel transformé en récit universel

Dans La vie après Siham, Namir Abdel Messeeh revient sur la disparition de sa mère, puis de son père, dans un film qu’il décrit comme une tentative de « survie émotionnelle ». « Je croyais que ma mère ne pouvait pas mourir », dit-il au début du film. Mais au fil des images, ce deuil devient un prétexte pour explorer les silences, les souvenirs et les traces laissées par ses parents, Siham et Waguih, entre la France et l’Égypte.

Le documentaire, tourné comme une autofiction par instants burlesque et souvent bouleversante, réunit des séquences filmées dans l’intimité familiale, des photographies anciennes et des extraits de films de Chahine, dont la mère du cinéaste était admiratrice. Abdel Messeeh y interroge la mémoire familiale autant qu’une histoire politique collective : celle de son père, ancien militant communiste incarcéré sous Nasser, exilé en France sans parler un mot de français, et de sa mère, qui renonça à une carrière en Égypte pour suivre son mari.

Un cinéma artisanal et sincère, entre Paris et l’Égypte

Avec ce troisième documentaire après You, Waguih et La Vierge, les Coptes et moi, Abdel Messeeh signe un film profondément personnel mais dont les émotions débordent le cadre familial. On y découvre un père brisé par la disparition de son épouse, des enfants devenus adultes face à la finitude, et des scènes pudiques qui laissent entrevoir les tensions, les regrets ou les tendresses tues. « J’ai parfois laissé des scènes inconfortables. Il fallait être honnête, quitte à déranger un peu », confie le réalisateur.

En contrepoint des images contemporaines, La vie après Siham est aussi nourri par une réflexion sur la fiction et le cinéma. Chahine, en filigrane, inspire une mise en scène qui bascule subtilement du réel vers l’imaginaire. Les parents filmés deviennent presque des personnages de cinéma, pris dans le va-et-vient d’un récit fait de souvenirs, de projections et de fantômes aimants.

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