« Évanouis » de Zach Cregger : cauchemar collectif au cœur d’une banlieue envoûtée
« Évanouis » de Zach Cregger : cauchemar collectif au cœur d’une banlieue envoûtée

Sorti en salles ce 13 août, Évanouis (titre original Weapons), nouveau thriller horrifique de Zach Cregger, confirme le talent du réalisateur américain révélé en 2022 avec Barbare. Dans une atmosphère suffocante et chorale, le film explore les ravages d’une disparition inexpliquée d’enfants sur une communauté en proie à la peur, aux fantasmes et aux violences collectives.

Une disparition mystérieuse qui fait vaciller toute une ville

À 2h17 du matin, dix-sept enfants d’une même classe quittent leur maison sans qu’on les voie partir, sans laisser de traces. Le lendemain, seul l’un d’eux, Alex, réapparaît. L’institutrice Justine Gandy (interprétée par Julia Garner) devient aussitôt le bouc émissaire d’une communauté en état de choc. La thèse de la fugue collective ne convainc personne, et les parents, désespérés, se retournent contre elle.

Zach Cregger s’inspire du mythe du joueur de flûte de Hamelin pour tisser un récit empreint de paranoïa et d’impuissance. Le film prend la forme d’un puzzle fragmenté, multipliant les points de vue, les temporalités et les perspectives, comme pour mieux désorienter le spectateur. Les séquences s’enchaînent dans une tension sourde, parfois interrompue par des visions surnaturelles ou des flashs d’horreur viscérale.

À l’écran, la ville semble basculer dans une psychose collective. Les accusations sans fondement, la violence policière, les élans de justice populaire dessinent un portrait sombre de l’Amérique post-pandémique, hantée par sa propre fragilité sociale.

Une peur diffuse, entre sorcellerie et terreur intime

Le film plonge dans l’angoisse plus que dans l’explication. La force à l’origine de cette disparition massive reste volontairement floue, flirtant avec des références à la sorcellerie, à l’envoûtement, voire à une forme de zombification. Cregger cite Shining ou Magnolia comme sources d’inspiration, et l’on retrouve effectivement ce mélange d’épouvante psychologique et de narration chorale.

Là où Barbare jouait sur la surprise et la rupture de ton, Évanouis préfère le crescendo et la cohérence émotionnelle. Si la dernière partie du film divise — certains critiques évoquent une scène grotesque et hors de ton —, le long-métrage brille surtout par son ambiance lente, inquiétante, et son propos sur la peur irrationnelle de l’autre.

Cregger, qui confie avoir écrit le scénario après la mort tragique d’un ami proche, livre un film profondément personnel, nourri d’un deuil impossible. Comme les personnages de Évanouis, il interroge ce qu’il reste lorsqu’on perd brutalement un être aimé sans réponse ni explication.

Distribué par Warner Bros. et déjà encensé aux États-Unis avec un démarrage à 70 millions de dollars, Évanouis s’impose comme un incontournable du cinéma de genre cet été — un film qui hante longtemps après la séance.

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