Rare incursion du cinéma français dans le registre de la science-fiction, Else marque les débuts de Thibault Emin au long-métrage. Développé à partir de son propre court éponyme, le film sort en salles ce mercredi 28 mai 2025. Poétique, organique et profondément original, ce huis clos d’anticipation étonne autant par sa maîtrise formelle que par la force émotionnelle de son récit.
Une étrange épidémie transforme l’humanité… et bouleverse un couple naissant
Dans un futur indéfini mais étrangement proche, une épidémie inédite bouleverse l’équilibre du monde : les êtres humains commencent à fusionner avec leur environnement, se transformant en éléments minéraux ou végétaux. Le phénomène, baptisé “Else”, entraîne une mise à l’arrêt planétaire. Pour échapper à la contamination, Anx (Matthieu Sampeur) et Cass (Édith Proust), tout juste réunis par une première nuit d’amour, s’enferment dans leur appartement. Mais lorsque Cass commence à montrer des signes de métamorphose, la menace se resserre dans l’espace confiné et anxiogène de leur logement.
Film de genre dans sa proposition, Else reste profondément ancré dans une approche intimiste. Thibault Emin ne cherche ni le spectaculaire ni le futurisme clinquant. Ici, pas de décors numériques ou de technologies futuristes, mais une narration centrée sur les corps, les regards et les silences. L’évolution de la maladie, rendue par des effets spéciaux sobres mais efficaces, se fait autant ressentir dans la matière visuelle que dans la relation entre les deux protagonistes.
Entre science-fiction, poésie et drame existentiel
À mi-chemin entre la fable sensorielle et le thriller mental, Else puise dans diverses influences, sans jamais se contenter de citations : le corps en mutation façon Cronenberg, l’étrangeté domestique héritée des premiers Polanski, ou encore la beauté surréaliste des objets animés qui évoque Gondry ou Jean Cocteau. Pourtant, le film reste profondément personnel, guidé par une mise en scène exigeante et précise, soutenue par une photographie aux contrastes forts où le passage du noir et blanc à la couleur rythme l’évolution dramatique.
La force du film tient également à son duo d’interprètes. Matthieu Sampeur et Édith Proust livrent des prestations d’une grande justesse, dans un espace réduit qui accentue la tension psychologique. La caméra, toujours attentive, épouse leur isolement autant que leurs émotions, offrant une véritable expérience sensorielle.
Avec Else, Thibault Emin signe une première œuvre à la fois déroutante et captivante, qui ose sortir des sentiers battus du cinéma français. À la croisée du film de genre et du drame d’auteur, cette fable post-apocalyptique sur la peur de la perte et l’étrangeté de l’amour affirme déjà une voix singulière, à suivre de près.