Dans son nouveau film, la réalisatrice québécoise Lyne Charlebois retrace la relation complexe entre le frère Marie-Victorin, figure majeure de la science au Québec, et sa jeune élève Marcelle Gauvreau. Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles, en salles le 20 août, mêle amour impossible, sensualité végétale et correspondance intellectuelle dans le décor majestueux du fleuve Saint-Laurent.
Tiré d’une histoire vraie, le film navigue entre reconstitution historique et réflexion contemporaine, explorant avec délicatesse la frontière floue entre spiritualité, science et désir.
Une passion intellectuelle nourrie par la nature et le désir
Dans les années 1930, au Québec, le frère Marie-Victorin – fondateur du Jardin botanique de Montréal – développe une relation épistolaire intense avec Marcelle Gauvreau, une étudiante passionnée de plantes. Tous deux marqués par la maladie dans leur jeunesse, ils se retrouvent liés par une curiosité commune pour la nature… et pour les mystères de la sexualité humaine. Leur correspondance, tout en pudeur et en audace, aborde sans détour les questions du désir féminin, de la jouissance et du corps, dans un cadre social où de tels sujets sont tabous.
Pour Marie-Victorin, comprendre la nature revient à mieux saisir l’humanité. Dans leurs échanges, la botanique devient une métaphore du désir, et l’étude scientifique un moyen d’approcher ce qu’ils ne peuvent vivre charnellement. Cette relation, bien que platonique, déstabilise leur entourage religieux et social. Mais ni l’un ni l’autre ne renonce à cette quête de savoir, portée par une conviction commune : l’exploration du corps et de l’esprit ne s’oppose pas à la foi, elle peut en être une forme d’expression.
Une mise en scène sensorielle entre fiction historique et regard contemporain
Pour donner corps à cette histoire fondée sur des lettres, Lyne Charlebois adopte une double narration. En parallèle du récit historique, elle insère un film dans le film, où les acteurs incarnant Marie-Victorin et Marcelle – Antoine et Roxanne – vivent une relation contemporaine, physique mais dépourvue d’engagement amoureux. Ce dispositif permet de mettre en miroir deux formes d’intimité : l’une, interdite mais spirituelle ; l’autre, libre mais vide d’attachement. Le contraste interroge les spectateurs sur la place du désir et de la parole dans les relations.
Visuellement, la réalisatrice magnifie les paysages québécois, filmant plantes, fleurs et eaux du fleuve comme les reflets d’une sensualité enfouie. La mise en scène, tout en douceur, explore l’ambiguïté des sentiments avec poésie, même si le rythme du film peut parfois s’essouffler. En confrontant passé et présent, Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles propose une réflexion nuancée sur l’amour, la liberté du corps, et la capacité de la science comme de l’art à questionner les interdits.