Dans Classe moyenne, en salles le 24 septembre, Antony Cordier ausculte les rapports de classe avec un humour grinçant. Portée par un casting étincelant – Laurent Lafitte, Élodie Bouchez, Ramzy Bedia, Laure Calamy – cette farce sociale met en scène une guerre des nerfs estivale dans une villa cossue du sud de la France.
Une villa, deux mondes
Tout semblait promis à des vacances paisibles pour la famille Trousselard. Philippe, avocat d’affaires arrogant (Laurent Lafitte), et sa femme Laurence, actrice sur le déclin (Élodie Bouchez), débarquent dans leur résidence secondaire avec leur fille Garance (Noée Abita), apprenti-comédienne, et Mehdi (Sami Outalbali), son petit ami. Major de sa promo en droit, Mehdi vient d’un milieu modeste, ce qui suffit à le reléguer au rang de « petit bonhomme » aux yeux du patriarche.
Mais dès les premiers jours, une tension éclate : les gardiens de la villa, Tony et Nadine Azizi (Ramzy Bedia et Laure Calamy), revendiquent des droits bafoués depuis trop longtemps. Mehdi, persuadé de pouvoir réconcilier les deux camps grâce à ses origines sociales communes avec les Azizi, tente la médiation. En vain. Ce qui devait être un séjour tranquille se transforme en champ de bataille sociale, entre petits arrangements, règlements de comptes et lutte de pouvoir.
Transfuges, frustrations et revanche sociale
Classe moyenne, présenté à la Quinzaine des cinéastes au Festival de Cannes 2025, s’amuse à démonter les codes d’un monde bourgeois replié sur lui-même, engoncé dans ses privilèges et son paternalisme condescendant. Cordier y retrouve son goût pour les comédies de mœurs à dimension sociale, dans la veine de Gaspard va au mariage. Il y ajoute ici une dimension plus politique : transfuge de classe, Mehdi navigue entre deux mondes sans jamais être pleinement accepté dans aucun.
Le film ne ménage personne. Si les Trousselard incarnent une élite arrogante et hors-sol, les gardiens eux-mêmes nourrissent des rêves d’ascension sociale, quitte à instrumentaliser le conflit pour en tirer profit. À travers cette lutte entre ceux qui veulent « en être » et ceux qui refusent de céder leur place, Classe moyenne questionne la reproduction des hiérarchies, les faux-semblants de la méritocratie et le coût moral de l’ambition.
La mise en scène précise, les dialogues affûtés et la direction d’acteurs impeccable confèrent au film une grande efficacité comique. Mais malgré ses qualités, Classe moyenne peine dans son dernier acte à maintenir son équilibre entre satire et émotion. La mécanique s’essouffle légèrement, au risque de tomber dans la farce un peu lourde.
Reste une œuvre pertinente et mordante sur une société toujours fracturée, où l’ascenseur social reste souvent en panne – ou réservé à ceux qui ont déjà les clés. Un film qui amuse autant qu’il dérange.