Le 5 février 1921, le public américain découvre The Kid, premier long métrage de Charlie Chaplin, déjà célèbre pour ses courts burlesques où il incarne un vagabond au chapeau melon, à la canne souple et aux chaussures trop grandes. Les Anglo-Saxons l’appellent The Tramp ; en France, il devient Charlot, comme si le cinéma muet avait trouvé un prénom universel. Avec ce film d’une rare tendresse, Chaplin prouve qu’il peut faire rire… et bouleverser, sans un mot.
Une comédie qui serre le cœur
Jusqu’alors, Chaplin règne sur le gag rapide et la silhouette reconnaissable entre mille. The Kid change d’échelle : l’intrigue prend le temps d’installer l’émotion. Charlot recueille un bébé abandonné, l’élève tant bien que mal, puis forme avec lui un duo de survie dans les quartiers pauvres. Le film alterne combines, poursuites et tendresse quotidienne, jusqu’au moment où l’administration veut arracher l’enfant à celui qui l’a aimé comme un père. À partir de là, le burlesque se transforme en drame social, sans jamais perdre sa grâce.
Jackie Coogan, l’enfant-star avant l’heure
Face à Chaplin, le jeune Jackie Coogan devient une révélation. Son jeu, précis et naturel, donne au film une intensité nouvelle : ce n’est plus seulement Charlot qui fait rire, c’est un tandem, presque une famille improvisée. Le succès est immense, et The Kid impose l’idée qu’un film comique peut aussi porter une tragédie intime, sans discours, uniquement par l’image, le rythme et la justesse des gestes.
Chaplin invente un cinéma plus grand que le gag
En signant l’écriture, la mise en scène et la production, Chaplin affirme une ambition rare pour l’époque : contrôler son œuvre pour en faire un objet complet. The Kid ouvre la voie à une filmographie où le rire sert de cheval de Troie à des thèmes plus graves la pauvreté, l’injustice, la dignité des humbles que Chaplin développera encore dans Les Temps modernes ou Le Dictateur. Ce 5 février 1921, Charlot ne change pas de démarche : il change de dimension.