Dans L’Accident de piano, en salle le 2 juillet, Adèle Exarchopoulos incarne une influenceuse sans scrupule dans une comédie noire signée Quentin Dupieux. Une métamorphose physique et morale pour la comédienne, au service d’un film grinçant sur les dérives de la célébrité et des réseaux sociaux.
Une influenceuse insensible à la douleur
Avec ses cheveux coupés à la hache, une minerve au cou et un appareil dentaire, Adèle Exarchopoulos campe Magalie, une star du web insensible à la douleur, physiquement et moralement. Dans L’Accident de piano, elle se filme en train de se mutiler pour engranger des vues. Ce personnage, qu’elle qualifie d’« entièrement immoral », lui permet d’explorer des zones inédites du jeu : « Jouer une femme qui assume ses pulsions les plus sombres, c’est rare et jubilatoire », confie-t-elle au micro de Totémic (Radio France).
Le film débute sur un plan surréaliste : un piano suspendu dans les airs s’écrase au sol. Ce faux départ laisse croire que Magalie est une pianiste blessée en convalescence. Mais elle est en réalité réfugiée dans un chalet de montagne après un incident survenu lors d’un tournage. Sa notoriété repose sur des vidéos extrêmes, et son assistant Patrick (Jérôme Commandeur) veille à ses besoins. Le calme est troublé par l’arrivée d’une journaliste, Simone Herzog (Sandrine Kiberlain), bien décidée à lui soutirer une interview sous menace de révéler ce qu’elle sait de l’« accident de piano ».
Une satire sanglante du monde virtuel
Le long-métrage est le 14e de Quentin Dupieux, qui mêle ici l’horreur grotesque à une critique acide de l’ère numérique. On y retrouve sa patte : comique de répétition, absurdité assumée, dialogues grinçants et ambiance décalée. Le cinéaste s’attaque à une société saturée d’images, où le choc l’emporte sur le sens, où les figures publiques, influenceurs comme journalistes, deviennent interchangeables dans leur quête de reconnaissance.
Dupieux a annoncé qu’il ne ferait plus de promotion, préférant désormais « se taire ». Ce choix trouve un écho dans le sort réservé à la journaliste du film, dont le rôle semble être un clin d’œil direct à cette décision. Pour Adèle Exarchopoulos, qui avait déjà tourné avec Dupieux dans Mandibules, ce nouveau rôle est l’occasion de se réinventer, elle qui dit retrouver sur les plateaux un « plaisir très enfantin » malgré les codes imposés du métier.