Connue pour ses rôles marquants au cinéma, Hafsia Herzi passe pour la première fois de l’autre côté du tapis rouge à Cannes, en tant que réalisatrice en compétition officielle. Présenté vendredi 16 mai, La Petite Dernière, son nouveau film, plonge dans l’intimité d’une jeune fille tiraillée entre foi, traditions familiales et désirs naissants. Porté par Nadia Melliti, véritable révélation du film, ce récit initiatique a bouleversé les festivaliers.
Un portrait de l’adolescence entre fidélité et rupture
Fatima, 17 ans, vit avec ses parents et ses deux sœurs dans une cité de la banlieue parisienne. Élève sérieuse le jour, ado discrète le soir, elle évolue dans un quotidien rythmé par la religion, le foot et ses relations avec une bande de garçons qu’elle appelle ses « frères ». Mais derrière cette apparente normalité, quelque chose bouillonne : le jour où le mot « lesbienne » est lancé lors d’une altercation au lycée, un malaise s’installe. Peu après, Fatima télécharge une application de rencontres… pour femmes.
C’est le point de départ d’un long chemin vers l’acceptation de soi. En quatre saisons, Hafsia Herzi accompagne son héroïne dans sa transformation : premières expériences, histoires d’amour, fêlures et conflits intérieurs. Fatima tente de concilier ce qu’elle ressent et ce qu’on attend d’elle. Sa foi, sa famille, son identité culturelle deviennent des repères aussi puissants que contraignants.
Une mise en scène pudique et lumineuse
Tourné en plans serrés, avec une lumière évolutive qui passe du froid au chaleureux au fil du récit, La Petite Dernière suit au plus près son personnage principal. L’esthétique sobre, presque documentaire, capte les détails du quotidien, les silences éloquents et les gestes retenus. Loin des effets appuyés, Hafsia Herzi mise sur la justesse et l’émotion contenue, en particulier dans une scène finale d’une grande délicatesse.
Adapté du roman autobiographique de Fatima Daas, le film traite frontalement de sujets rarement abordés dans le cinéma français : l’homosexualité dans un cadre religieux et familial strict, le poids du secret, mais aussi le rôle de l’éducation comme voie d’émancipation. Étudiante en philosophie, Fatima trouve peu à peu sa voix, différente de celle de ses sœurs ou de sa mère, sans pour autant renier ses origines.
Si certaines critiques pointent une structure parfois convenue, le film séduit par son humanité et la sincérité de son propos. La performance de Nadia Melliti, intense et retenue, y est pour beaucoup.
La Petite Dernière sortira en salles le 1er octobre.