Tensions explosives entre le Cambodge et la Thaïlande : une vieille querelle territoriale ravivée
Tensions explosives entre le Cambodge et la Thaïlande : une vieille querelle territoriale ravivée

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé mercredi dans les rues de Phnom Penh pour exprimer leur soutien au gouvernement cambodgien et à l’armée, dans un climat de tensions croissantes avec la Thaïlande voisine. Ce regain de crispation survient après un accrochage frontalier survenu en mai dernier dans une zone contestée que les deux pays revendiquent.

L’incident, survenu dans une étroite bande de terre considérée comme un « no man’s land », a dégénéré en échanges de tirs entre les forces armées thaïlandaises et cambodgiennes. Chacune des parties affirme avoir agi en légitime défense. Un soldat cambodgien a trouvé la mort lors de l’affrontement. Bien que les deux pays aient annoncé vouloir désamorcer la situation, les représailles économiques et symboliques se multiplient de part et d’autre, laissant craindre une escalade.

La Thaïlande a durci les conditions de passage à la frontière, limitant les horaires d’ouverture et interdisant l’entrée aux touristes thaïlandais se rendant dans les casinos cambodgiens, ainsi qu’aux travailleurs. En riposte, Phnom Penh a interdit la diffusion de films et séries thaïlandaises, suspendu l’importation de fruits et légumes thaïlandais, et boycotté les connexions internet et les fournitures électriques provenant de son voisin.

Le litige territorial s’inscrit dans une longue série de tensions liées à la démarcation de la frontière terrestre de plus de 800 kilomètres entre les deux pays. Le désaccord repose notamment sur une carte datant de 1907, dressée sous administration coloniale française, utilisée par le Cambodge pour appuyer ses revendications. La Thaïlande conteste sa validité, estimant qu’elle ne reflète pas fidèlement la réalité du terrain.

Par le passé, plusieurs accrochages ont déjà eu lieu, notamment autour du temple millénaire de Preah Vihear. En 1962, la Cour internationale de justice (CIJ) avait attribué la souveraineté du site au Cambodge, provoquant des frictions durables. De nouveaux affrontements avaient éclaté en 2011, causant la mort d’une vingtaine de personnes et le déplacement de milliers de civils. La CIJ avait confirmé sa décision en 2013, ravivant le ressentiment côté thaïlandais.

Aujourd’hui, Phnom Penh entend à nouveau saisir la CIJ pour statuer sur d’autres zones disputées, dont celle où a eu lieu le récent échange de tirs. Bangkok, de son côté, rejette la compétence de la Cour et privilégie le dialogue bilatéral par le biais d’un comité conjoint établi en 2000. Le Cambodge a toutefois déclaré qu’il n’utiliserait plus ce canal, rompant de fait la voie de discussion directe.

Au-delà des frontières, les rancunes entre les deux pays sont aussi d’ordre culturel et historique. Anciennes puissances régionales concurrentes, leurs relations restent marquées par une méfiance héritée des siècles passés. À cela s’ajoute un déséquilibre de développement, Phnom Penh ayant subi les traumatismes du colonialisme et du régime des Khmers rouges, tandis que Bangkok s’est imposée comme un poids lourd économique régional. De la boxe au costume traditionnel, en passant par la gastronomie, les deux nations se disputent régulièrement la paternité de symboles culturels, ravivant un nationalisme latent de part et d’autre.

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