MANILLE, 4 août 2025 — Pour la première fois, les marines philippine et indienne ont mené une croisière conjointe en mer de Chine méridionale, un geste symbolique fort face aux revendications territoriales agressives de Pékin dans cette région hautement stratégique. Cette coopération bilatérale s’est déroulée alors que le président philippin Ferdinand Marcos Jr. s’envolait pour New Delhi pour une visite d’État marquant le resserrement des liens entre les deux pays dans le cadre de leur stratégie indo-pacifique.
L’exercice, débuté dimanche et prévu pour durer deux jours, a eu lieu dans la zone économique exclusive (ZEE) des Philippines, aussi appelée « mer des Philippines occidentales » par Manille. Il s’inscrit dans une série de collaborations maritimes intensifiées entamées fin 2023 par les Philippines avec des puissances alliées, notamment les États-Unis, le Japon, l’Australie, la France et le Canada.
Selon un responsable indien, cette opération s’inscrit dans la campagne de New Delhi visant à renforcer sa présence navale dans la région et à nouer des partenariats stratégiques au sein de l’Indo-Pacifique, une zone clé pour la stabilité géopolitique et les échanges commerciaux mondiaux.
Le général philippin Romeo Brawner Jr., chef d’état-major des forces armées, a expliqué que l’idée de cette coopération navale avait émergé après sa rencontre avec son homologue indien en mars. Il a ajouté que l’opération s’était déroulée sans incident majeur, bien que certaines unités aient été « suivies » pendant leur progression — une allusion implicite à la surveillance constante exercée par la marine chinoise dans la région.
De son côté, le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi en réaffirmant que « les différends territoriaux et maritimes doivent être réglés entre les parties directement concernées » et a mis en garde contre « l’intervention de pays tiers ».
La mer de Chine méridionale, l’un des principaux points chauds géopolitiques du globe, est revendiquée quasi intégralement par Pékin, malgré une décision de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye en 2016 qui a invalidé les prétentions chinoises. Ces dernières années, la Chine a militarisé plusieurs îlots artificiels dans la zone et accru la présence de sa marine et de ses garde-côtes, suscitant l’inquiétude croissante de ses voisins et de la communauté internationale.
La patrouille indo-philippine constitue donc un signal clair : les pays de la région cherchent à renforcer leur coopération militaire pour contrer l’influence croissante de la Chine, tout en promouvant la liberté de navigation et le respect du droit international.
Cette démonstration de force et de solidarité diplomatique, qui coïncide avec la visite officielle du président Marcos en Inde, marque un tournant dans l’architecture de sécurité régionale et confirme le rôle de plus en plus actif de l’Inde dans les affaires maritimes du sud-est asiatique.