Moins de cinq mois après l’installation d’un gouvernement élu, des milliers de lycéens bangladais ont manifesté dans au moins treize districts du pays, dénonçant la gestion des examens nationaux en pleine saison des pluies et les propos jugés insultants de leur ministre de l’Éducation.
L’histoire semblait se répéter. En juillet-août 2024, la génération Z avait renversé le régime autocratique de Sheikh Hasina au prix d’une mobilisation historique. Dix-huit mois plus tard, ces mêmes jeunes sont de retour dans les rues de Dacca et des grandes villes du pays, mais pour une autre bataille : celle du droit à des examens équitables.
Tout a commencé avec les pluies de mousson. Le 2 juillet, environ 1,3 million d’élèves entamaient les épreuves du Higher Secondary Certificate (HSC), l’équivalent du baccalauréat bangladais, sésame pour l’entrée à l’université. Dès la deuxième semaine, des inondations sévères ont frappé la région de Chittagong, tandis que Dacca et d’autres villes subissaient des inondations urbaines importantes. Le ministère de l’Éducation a suspendu les examens dans cinq districts relevant du conseil scolaire de Chittagong, mais a maintenu les épreuves dans les autres régions, y compris à Comilla, pourtant durement touchée. Des candidats ont dû rejoindre leurs centres d’examen en pataugeant dans l’eau jusqu’aux genoux, trempés, sous les orages.
La colère aurait peut-être pu rester contenue si le ministre de l’Éducation, A. N. M. Ehsanul Hoque Milon, n’avait pas aggravé la situation. Un enregistrement audio de sa conversation téléphonique avec le parent d’une candidate a circulé sur les réseaux sociaux. On l’y entend déclarer : « En réunion, quelqu’un disait que si ma fille se mouille un peu, elle attrape de la fièvre. J’ai dit que ce sont des poulets d’élevage. S’ils se mouillent un peu, ils attrapent de la fièvre. » L’expression « poulets d’élevage » a mis le feu aux poudres.
Les lycéens ont envahi les rues dans au moins treize districts, dont Dacca, Chittagong et Comilla, bloquant des carrefours stratégiques, encerclant les sièges des conseils scolaires et scandant des slogans sarcastiques : « Qui êtes-vous ? Qui sommes-nous ? Des poulets d’élevage ! » Ils réclamaient la démission du ministre et des sessions de rattrapage pour les élèves empêchés de composer à cause des intempéries.
Le 14 juillet, des images de policiers chargeant des manifestants à coups de matraque devant le complexe parlementaire ont ravivé de douloureuses mémoires collectives. Ce même jour, le Premier ministre Tariq Rahman a convoqué une réunion d’urgence avec Milon. Le lendemain, le ministre a présenté ses excuses devant le Parlement national, reconnaissant que les élèves avaient subi de grandes souffrances en raison des pluies et des inondations. Il a annoncé que des dispositions seraient prises pour permettre aux absents de repasser leurs épreuves.
Mahdi Amin, conseiller du Premier ministre chargé de l’éducation, a détaillé cinq mesures concrètes : organisation de sessions de rattrapage pour les élèves absents le 13 juillet, attribution de la note maximale à tous les candidats pour deux questions erronées de l’épreuve de physique, suspension temporaire de quatre enseignants impliqués dans la rédaction du sujet défaillant, et délégation aux administrations locales du pouvoir de reporter, déplacer ou aménager les examens en cas de conditions météorologiques difficiles.
Le 16 juillet, les élèves ont repris le chemin des salles d’examen et ont quitté les rues. Mais la controverse reste vive sur les réseaux sociaux. Le ministre de l’Intérieur, Salahuddin Ahmed, a mis en garde contre des tentatives de récupération politique du mouvement, citant la Ligue Awami, parti interdit depuis la chute du régime en 2024, et son aile étudiante, la Chhatra League, accusées de diffuser de fausses informations pour attiser les tensions.
Les concessions arrachées par les manifestants valident en substance leurs revendications initiales. La question qui demeure est simple : si ces mesures avaient été proposées dès les premiers jours d’inondation, la mobilisation aurait-elle atteint cette ampleur ?
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