Derrière une simple toile oubliée se cachait un chef-d’œuvre. Le musée des Beaux-Arts de Libourne confirme avoir redécouvert un tableau authentique de Guido Reni, figure majeure du baroque italien.
Une redécouverte inattendue au cœur des réserves
C’est au cours d’un récolement de routine, en 2022, que les équipes du musée de Libourne tombent par hasard sur une imposante toile de deux mètres sur trois, roulée dans les réserves. Recouverte d’un film protecteur opaque et jusque-là cataloguée comme une copie du XIXe siècle, cette scène mythologique d’Atalante et Hippomène, inspirée des Métamorphoses d’Ovide, intrigue par la finesse de son exécution. La restauratrice Sophie Jarrosson remarque rapidement que le tissage de la toile correspond plutôt aux pratiques du XVIIe siècle, période d’activité de Guido Reni (1575-1642).
Pour lever les doutes, la toile est envoyée au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), où elle subit pendant six mois un ensemble d’analyses scientifiques : radiographie, réflectographie infrarouge, spectrométrie. Résultat : non seulement la datation est révisée, mais plusieurs repentirs (modifications en cours de création), typiques d’un processus original et non d’une copie, sont identifiés. Le 12 mai 2025, un comité scientifique composé d’experts du C2RMF, de la DRAC et de spécialistes de l’art baroque attribue unanimement l’œuvre au maître bolonais.
Une quatrième version reconnue… ou la toute première ?
Cette toile devient officiellement la quatrième version connue d’Atalante et Hippomène par Guido Reni, aux côtés de celles conservées au Prado (Madrid), au musée Capodimonte (Naples), et chez un collectionneur privé en Italie. Mais certains experts, comme Corentin Dury du musée des Beaux-Arts d’Orléans, n’excluent pas que celle de Libourne soit la plus ancienne, peut-être même le prototype de toutes les autres. Les repentirs, la qualité picturale exceptionnelle, les pigments onéreux et l’utilisation d’une toile sans coutures renforcent cette hypothèse.
L’œuvre, longtemps invisible au public depuis son legs à la ville à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, devrait retrouver sa place dans les salles du musée à l’automne 2025, une fois sa restauration achevée. En attendant, le tableau continue de livrer ses secrets, sous les yeux émerveillés de ceux qui l’ont réveillé de l’oubli.