Paul Poiret au musée des Arts décoratifs : un créateur visionnaire à redécouvrir
Paul Poiret au musée des Arts décoratifs : un créateur visionnaire à redécouvrir

Le musée des Arts décoratifs de Paris consacre une grande exposition à Paul Poiret, figure fondatrice de la haute couture moderne. Un événement qui retrace la carrière foisonnante d’un créateur aux mille talents, dont l’univers, entre mode, arts décoratifs et fêtes somptueuses, continue d’inspirer.

Un hommage inédit à un pionnier de la modernité

Jusqu’au 11 janvier 2026, le musée du 107 rue de Rivoli propose une plongée dans l’œuvre de celui que les Américains avaient surnommé « le roi de la mode ». Intitulée Paul Poiret. La mode est une fête, l’exposition réunit près de 550 pièces — vêtements, accessoires, parfums, documents, objets d’art — pour restituer l’esprit libre et audacieux d’un couturier qui a profondément bouleversé les codes du début du XXe siècle. Premier à abolir le corset, Poiret a imaginé une silhouette féminine fluide, en mouvement, tout en revendiquant une démarche artistique globale : « Je suis un artiste, pas un couturier », affirmait-il.

L’événement, orchestré par la commissaire Marie-Sophie Carron de la Carrière et la directrice artistique Anette Lenz, met en scène un parcours coloré et dynamique, ponctué de murs aux teintes vives et de motifs graphiques. Il célèbre l’inventivité du créateur à travers tous les champs qu’il a investis : de la mode à la parfumerie, de la scénographie à la décoration intérieure, en passant par l’organisation de fêtes légendaires où se croisaient tous les arts.

Une vie de création et de métamorphoses

Né à Paris en 1879, Paul Poiret entame sa carrière chez Jacques Doucet avant de rejoindre la maison Worth. En 1903, il fonde sa propre maison de couture, rapidement saluée pour ses lignes avant-gardistes et ses associations audacieuses de matières. Très tôt, il collabore avec des artistes majeurs comme Paul Iribe, Raoul Dufy ou Georges Lepape, et décline son univers jusque dans les moindres détails de son quotidien, des flacons de parfum aux décors de ses salons.

Fasciné par les Ballets russes, il transpose leur modernité dans ses créations. Il habille Isadora Duncan, organise des tournées de mannequins en Europe et aux États-Unis, crée des parfums, fonde l’école Martine, et invite le Tout-Paris à ses fastueuses soirées inspirées de l’Orient ou de la mythologie. Mais ses excès le rattrapent : sa maison ferme en 1932 après la crise de 1929.

L’exposition se conclut sur l’héritage de Poiret, dont l’influence se retrouve chez des couturiers majeurs comme Christian Dior, Yves Saint Laurent ou John Galliano. Visionnaire en matière de collaborations artistiques et de mise en scène de soi, il est aujourd’hui redécouvert comme un précurseur, au croisement de la mode et de l’art total.

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