Dans le silence d’un musée fermé pour travaux, une centaine de spécialistes s’est activée autour d’un trésor vieux de près d’un millénaire. La tapisserie de Bayeux, longue de 68 mètres et lourde de 350 kilos, a été décrochée jeudi 18 septembre, après quarante ans d’immobilité. Étape cruciale avant son transfert prévu en 2026 au British Museum de Londres, ce prêt diplomatique voulu par Emmanuel Macron reste entouré d’un parfum de controverse. Les restaurateurs ont glissé l’œuvre sur des rails, pliée en accordéon, recouverte d’une toile de coton pour limiter les frottements. Chaque geste a été millimétré. Car cette broderie du XIe siècle, classée par l’Unesco, est en état de grande fragilité : trous, taches, une trentaine de déchirures. « Tout transport inclut des vibrations, et même avec les meilleures précautions, ce textile sera fatalement dégradé », alerte Aude Radosevic Mansouri, qui a supervisé l’équipe de restauration.
Un prêt qui divise de part et d’autre de la Manche
L’annonce de ce voyage avait été faite en juillet par le président français, en visite d’État au Royaume-Uni, pour « revivifier la relation culturelle » entre Paris et Londres. Mais de nombreux experts jugent l’opération périlleuse, rappelant qu’aucune restauration future n’est possible : la tapisserie ne peut être retissée ni rebrodée. Outre-Manche, l’enthousiasme domine à l’idée d’accueillir cette pièce unique qui raconte la conquête de l’Angleterre en 1066 par Guillaume le Conquérant. En attendant son départ, l’œuvre a été placée dans un lieu tenu secret. Elle traversera la Manche en 2026 pour être exposée jusqu’en 2027 au British Museum. Une mission diplomatique et culturelle, menée avec une infinie prudence, mais qui continue d’alimenter les inquiétudes sur la survie d’un joyau aussi fragile que symbolique.