C’est un chantier hors normes pour une œuvre tout aussi monumentale. Ce mardi 6 mai, le musée d’Orsay a officiellement lancé la restauration d’Un enterrement à Ornans, chef-d’œuvre de Gustave Courbet peint entre 1849 et 1850. Le tableau de près de sept mètres de long sur trois de haut, figure majeure de la collection du musée parisien, n’avait pas connu de restauration fondamentale depuis un demi-siècle.
Un chantier visible par le public
Installée dans la salle 7, l’œuvre ne quittera pas le musée pendant les 12 à 18 mois que durera sa restauration. Elle est désormais protégée par une palissade conçue pour permettre aux visiteurs d’en observer le déroulement grâce à plusieurs ouvertures vitrées. Ce dispositif inédit transforme la salle en véritable atelier pédagogique, où le public pourra suivre la lente renaissance du tableau.
Le constat est sans appel : des couches de vernis anciennes, jaunies et opaques, ont terni la lecture de la peinture, déjà caractérisée par une palette sombre. Certaines zones sont devenues illisibles, presque noires. La première phase de restauration visera à alléger ces vernis et à nettoyer délicatement la surface picturale, dans l’espoir de révéler des détails aujourd’hui invisibles, comme cela avait été le cas pour La Liberté guidant le peuple de Delacroix au Louvre.
Mais au-delà de l’aspect esthétique, des problématiques structurelles rendaient cette intervention urgente. Le châssis du XIXe siècle est déformé, la toile relâchée, des déchirures sont apparentes et les couches de peinture présentent des soulèvements localisés. Le tableau devra donc être consolidé, peut-être monté sur un nouveau châssis, et ses lacunes comblées avec la plus grande prudence.
Préserver le geste de Courbet
La complexité technique est à la hauteur de l’œuvre : Courbet, maître du réalisme, a multiplié les empâtements et les coups de couteau assumés, avec des matières épaisses et des irrégularités revendiquées. Pour l’équipe de restauration menée par l’atelier Arcanes et Cinzia Pasquali, qui a déjà œuvré sur des sites comme la galerie des Glaces à Versailles, l’enjeu sera de préserver au maximum ces marques du geste artistique. Rien ne doit trahir la main du peintre.
Financée grâce au mécénat de la Bank of America Charitable Foundation, cette restauration intervient dix ans après celle d’un autre tableau majeur de Courbet, L’Atelier du peintre. Un comité scientifique accompagne ce projet, emblématique de la volonté du musée d’Orsay de faire vivre ses collections tout en les ouvrant à la pédagogie et à la transparence.
Et la toile pourrait même retrouver ses dimensions d’origine. Des bandes repliées – jusqu’à vingt centimètres de hauteur et plusieurs centimètres de largeur – pourraient être réintégrées, selon leur état, redonnant au tableau l’ampleur exacte que lui avait donnée Courbet.