Le musée des Beaux-Arts de Lyon consacre une grande exposition aux falaises d’Étretat, paysage devenu un motif central de l’histoire du paysage en France. Intitulée Étretat, par-delà les falaises, elle réunit peintures, dessins, photographies et documents pour montrer comment ce bout de côte normande a été saisi, réinventé, puis mythifié par plusieurs générations d’artistes. Le parcours est visible jusqu’au 1er mars 2026 et s’ouvre sur une séquence immersive qui remet le visiteur “face au site”, dans un contexte où ce littoral est désormais scruté pour sa fragilité.
Un paysage qui aimante les artistes du XIXe siècle à l’entre-deux-guerres
L’exposition revient d’abord aux débuts de cette fascination, lorsque des artistes viennent à Étretat dès les années 1820, attirés par les arches, l’Aiguille et les contrastes de la craie blanche. On y voit comment les points de vue se diversifient, entre cadrages très rapprochés sur la géologie et compositions plus distantes où le motif s’inscrit dans un environnement rural ou maritime. Le parcours rappelle aussi que le site devient, à la même époque, une destination artistique et touristique, portée par l’essor des déplacements et l’installation progressive de villas, d’ateliers et d’hôtels.
La narration glisse ensuite vers la façon dont la côte se peuple dans les images. Les scènes de travail sur la grève, puis les premiers loisirs balnéaires, témoignent d’un littoral qui change de statut : d’espace rude et utilitaire à décor recherché, recommandé pour les bains de mer et fréquenté par des visiteurs. En variant supports et signatures, l’ensemble évite l’impression de répétition tout en gardant un objectif précis : comprendre comment un même paysage peut produire des visions radicalement différentes selon l’époque, la technique et l’intention.
Courbet, Monet, Matisse : Étretat comme terrain d’invention picturale
Le cœur du parcours met en avant Étretat comme laboratoire. Avec Courbet, le rivage devient une matière à peindre, physique et frontale, où l’énergie de la mer et des falaises impose un réalisme puissant. Avec Monet, le motif se transforme en champ d’expériences : variations de lumière, séries, changements d’angles et de distances, jusqu’à faire d’Étretat un lieu décisif pour penser la modernité impressionniste. Les falaises ne sont plus seulement “un beau paysage”, mais un problème pictural, à résoudre différemment selon l’heure, la météo ou la saison.
La dernière partie élargit à l’après-impressionnisme et aux avant-gardes, pour montrer comment le site continue d’être revisité lorsque la peinture simplifie les formes et assume davantage l’aplat. Les séjours de Matisse à Étretat en 1920 viennent clore ce récit : chez lui, la falaise, le ciel et la mer deviennent presque des blocs de couleurs, comme un dialogue conscient avec ceux qui l’ont précédé. L’exposition se termine ainsi sur une idée nette : Étretat n’est pas qu’un décor célèbre, c’est un motif qui a accompagné les bascules majeures de la peinture de paysage.
Étretat, par-delà les falaises est présentée au musée des Beaux-Arts de Lyon, 20 place des Terreaux, jusqu’au 1er mars 2026. Le musée est ouvert du mercredi au lundi de 10h à 18h, et le vendredi de 10h30 à 18h, fermé le mardi et les jours fériés.