African Pope
FILE - Graffiti artist Alexander Ikawah, paints Pope Francis on a canvas in Nairobi, Kenya Monday, April 21, 2025. (AP Photo/Brian Inganga, File)

KAMPALA, Ouganda — Un pape originaire d’Afrique subsaharienne serait une première dans l’histoire de l’Église catholique. Si beaucoup de fidèles africains aimeraient voir un cardinal noir accéder au trône de Saint-Pierre, ils restent prudents sur cette hypothèse, jugée peu probable. Le suspense prendra fin mercredi prochain, avec l’ouverture du conclave dans la chapelle Sixtine. Trois cardinaux africains sont aujourd’hui évoqués comme « papabili », c’est-à-dire susceptibles d’être élus pape : Robert Sarah (Guinée), Peter Turkson (Ghana) et Fridolin Ambongo (RD Congo).

S’ils sont choisis, l’un d’eux deviendrait le premier pape africain depuis plus de 1 500 ans — et le tout premier venu d’Afrique subsaharienne. Une perspective qui suscite espoir et fierté sur un continent où le catholicisme est en pleine expansion. Tandis que l’Église décline en Europe, elle se développe à grande vitesse en Afrique, où vivent désormais plus de 20 % des catholiques du monde, selon un rapport récent du Vatican.

En 2005 déjà, le cardinal nigérian Francis Arinze avait été mentionné parmi les favoris avant l’élection de Benoît XVI. Mais son profil n’avait finalement pas convaincu. Vingt ans plus tard, le rêve d’un pape noir demeure, même si peu y croient vraiment.

Des cardinaux africains au discours conservateur

Les trois cardinaux africains cités partagent une vision conservatrice sur de nombreuses questions éthiques. Un positionnement qui tranche avec la ligne plus inclusive de François, notamment envers les personnes LGBTQ+, et qui reflète la forte dimension traditionnelle des sociétés africaines.

Le cardinal Ambongo, archevêque de Kinshasa, a récemment signé une déclaration des évêques africains rejetant la décision du Vatican d’autoriser les bénédictions non liturgiques de couples homosexuels. Le texte qualifiait ces unions de « contraires à la volonté de Dieu » et « en opposition avec les normes culturelles africaines ».

Quant au cardinal Sarah, ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin, il reste la figure de proue du camp traditionaliste. Défenseur de la messe en latin, partisan du silence et de la rigueur doctrinale, il s’était opposé publiquement à François, notamment sur la question du célibat des prêtres. En 2020, il avait suscité une polémique en impliquant Benoît XVI dans un livre contestant toute ouverture à l’ordination d’hommes mariés.

L’Afrique veut surtout un pape juste et fidèle

Malgré ces débats, beaucoup de catholiques africains restent attachés à la figure de François, apprécié pour son attention aux souffrances du continent. En Éthiopie, l’évêque Tesfaselassie Medhin garde en mémoire les appels du pape pour la paix au Tigré. En Afrique du Sud-Soudan, Luka Lawrence Ndenge, père de famille et humanitaire, résume ainsi l’état d’esprit : « Qu’il soit africain, blanc ou noir, peu importe. Nous voulons un pape bon, saint, et capable de rassembler. »

Mais pour d’autres, comme l’Ougandaise Emily Mwaka, le débat sur la couleur de peau du prochain pontife est stérile. « Même s’il est vert, il sera notre pape à tous », tranche-t-elle.

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