Vingt-neuf mois après le coup d’État militaire du 26 juillet 2023, la situation de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum continue de susciter de vives préoccupations sur la scène internationale. Dans un entretien accordé à La Nouvelle Revue politique, la spécialiste des questions africaines Geneviève Goëtzinger rappelle que l’ancien chef de l’État entame, ce 26 décembre 2025, son vingt-neuvième mois de détention depuis sa destitution par les militaires.
Selon Geneviève Goëtzinger, Mohamed Bazoum et son épouse sont toujours maintenus dans l’enceinte de la présidence à Niamey, dans des conditions d’isolement très strictes. Les contacts avec l’extérieur demeurent extrêmement limités et aucune information officielle détaillée n’est communiquée par les autorités nigériennes sur leur situation juridique ou sanitaire. Cette absence de transparence alimente les interrogations et renforce les critiques formulées par plusieurs acteurs régionaux et internationaux.
Au-delà du sort personnel de l’ancien président, l’analyste souligne que le dossier Bazoum est devenu emblématique de l’évolution politique du Niger depuis le putsch. La dissolution des partis politiques, les restrictions imposées aux libertés publiques et la détention de responsables de l’ancien pouvoir ou de figures de la société civile illustrent, selon elle, une rupture nette avec l’expérience démocratique que le pays incarnait encore récemment dans le Sahel. Une trajectoire qui pose plus largement la question de la normalisation des prises de pouvoir militaires dans la région.
L’argument sécuritaire, avancé par les auteurs du coup d’État pour justifier leur action, est également interrogé. Geneviève Goëtzinger évoque une dégradation de la situation sécuritaire depuis juillet 2023, marquée par une augmentation des pertes militaires et civiles, bien que ces données restent difficiles à vérifier de manière indépendante. Elle relie cette évolution à l’affaiblissement de l’appareil d’État et à la recomposition rapide des partenariats sécuritaires, dans un contexte où le Niger s’est rapproché du Mali et du Burkina Faso, tout en prenant ses distances avec plusieurs partenaires occidentaux, dont la France.
Sur le plan diplomatique, la situation de Mohamed Bazoum fait l’objet de démarches multiples. Des instances régionales et internationales, notamment onusiennes et africaines, ont qualifié sa détention d’arbitraire et appelé à sa libération. Un collectif international, lancé depuis Dakar, plaide pour une action coordonnée impliquant les Nations Unies, l’Union africaine, la CEDEAO et l’Union européenne afin de replacer le dossier nigérien au centre de l’agenda diplomatique.
Pour les partenaires européens, et en particulier pour Paris, le cas Bazoum apparaît désormais comme un test de crédibilité. Il interroge la capacité des acteurs internationaux à défendre les principes de légalité constitutionnelle et de gouvernance démocratique dans un Sahel en profonde recomposition, marqué à la fois par l’extension de l’insécurité et par une compétition accrue des influences. À mesure que la détention de Mohamed Bazoum se prolonge, elle s’impose moins comme une affaire strictement nigérienne que comme un indicateur des équilibres politiques futurs en Afrique de l’Ouest.