Le Rwanda a annoncé son retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), amplifiant les tensions diplomatiques croissantes entre Kigali et Kinshasa, dans un contexte de recrudescence des combats dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Cette décision, rendue publique samedi, intervient alors que le Rwanda devait prendre la présidence tournante du bloc régional, un rôle finalement conservé par la Guinée équatoriale, déclenchant la colère du gouvernement rwandais.
Dans un communiqué, le ministère rwandais des Affaires étrangères a dénoncé ce qu’il qualifie de « violation » de ses droits au sein de l’organisation, accusant la RDC d’« instrumentaliser » la CEEAC à des fins politiques. Kigali a estimé qu’il n’y avait « aucune justification à rester dans une organisation dont le fonctionnement actuel va à l’encontre de ses principes fondateurs ». On ignore encore si ce retrait sera effectif immédiatement.
Ce développement s’inscrit dans un contexte de conflit armé dans l’est de la RDC, où le groupe rebelle du M23, largement considéré comme soutenu par le Rwanda, a intensifié son offensive cette année. Le mouvement a pris le contrôle de plusieurs villes stratégiques, entraînant la mort de milliers de civils et ravivant les craintes d’un embrasement régional.
Le bureau du président congolais Félix Tshisekedi a affirmé que les membres de la CEEAC avaient « reconnu l’agression contre la République démocratique du Congo par le Rwanda » et exigé le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Des accusations que Kigali rejette catégoriquement, arguant que ses interventions visent à se protéger contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé majoritairement hutu, accusé d’être lié au génocide de 1994.
Les puissances internationales, notamment les États-Unis et le Qatar, tentent de désamorcer la crise. L’administration Trump a exprimé sa volonté de conclure un accord de paix entre la RDC et le Rwanda, dans l’espoir de sécuriser un climat propice à des investissements massifs dans une région riche en minerais stratégiques, dont le cobalt, le cuivre et le lithium.
Créée dans les années 1980, la CEEAC regroupe onze États et a pour mission de promouvoir l’intégration économique et la sécurité dans la région. Le départ du Rwanda constitue un revers significatif pour l’organisation, qui peine à jouer un rôle d’arbitre efficace dans les conflits qui minent ses membres.