Les combats ont repris mercredi dans la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie, entre les forces gouvernementales et le Front de libération du peuple du Tigré. L’armée fédérale affirme avoir tué plus de 270 rebelles, tandis que la communauté internationale appelle à la désescalade.
Le nord de l’Éthiopie est de nouveau le théâtre d’affrontements armés. Depuis mercredi, les forces fédérales éthiopiennes et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se livrent à des combats que le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, a qualifiés de « guerre totale ». L’accord de paix signé en 2022, qui avait mis fin à deux années d’un conflit dévastateur, semble aujourd’hui compromis.
L’armée éthiopienne a annoncé jeudi avoir mené une « contre-offensive » ayant infligé de « lourdes pertes en hommes et en matériel » au TPLF. Selon le bilan militaire, 272 combattants tigréens auraient été tués et quelque 260 autres blessés. Ces chiffres n’ont pu être vérifiés de manière indépendante, et aucune distinction n’a été faite entre combattants et civils.
La reprise des hostilités intervient dans un contexte politique tendu. Le TPLF, qui dominait la vie politique éthiopienne de 1991 à 2018, a été progressivement marginalisé depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed, dont le Parti de la prospérité a rompu avec le système de gouvernance fondé sur les lignes ethniques. La guerre qui avait éclaté en 2020 entre le gouvernement fédéral et le TPLF avait causé quelque 500 000 morts, entre violences directes, famine et effondrement du système de santé.
Le conflit s’étend désormais à la région Amhara, dans les hauts plateaux éthiopiens. Des combats ont été signalés aux abords de Lalibela, ville sainte abritant des églises rupestres classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Les vols à destination de cette destination touristique majeure ont été suspendus jeudi. Le TPLF a par ailleurs annoncé une alliance avec la milice Fano, un groupe armé amhara qui mène sa propre insurrection dans la région depuis 2023. Les deux formations, pourtant rivales historiques avec des contentieux territoriaux persistants, ont trouvé un terrain commun dans leur opposition au gouvernement d’Abiy Ahmed. « Le seul point qui les unit, c’est leur opposition au Parti de la prospérité », analyse Kjetil Tronvoll, professeur d’études sur la paix et les conflits à l’université de Oslo.
La communauté internationale a réagi avec préoccupation. L’Union africaine, l’Organisation des Nations unies et plusieurs observateurs internationaux ont appelé à la retenue. L’ambassadeur américain à Addis-Abeba, Ervin J. Massinga, a exprimé sa déception face à ce qu’il a décrit comme « une mauvaise décision » du TPLF de lancer une offensive de grande ampleur, rejetant le dialogue parrainé par l’Union africaine sous la conduite de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. De son côté, le président éthiopien Taye Atske Selassie Amde a dénoncé devant l’Assemblée générale des Nations unies les « forces de destruction » et les « ingérences dans les affaires intérieures » du pays.

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