Le sort de Google, géant mondial de la technologie, repose désormais entre les mains du juge fédéral Amit Mehta, chargé de déterminer les sanctions à infliger à l’entreprise après qu’elle a été reconnue coupable d’abus de position dominante dans le secteur des moteurs de recherche. Vendredi, lors d’une audience décisive à Washington, le juge a écouté les arguments finaux du ministère de la Justice, qui réclame des mesures drastiques pour rétablir la concurrence.
Parmi les propositions avancées : interdire à Google de payer pour que son moteur de recherche soit installé par défaut sur les appareils connectés, et forcer l’entreprise à se séparer de son navigateur Chrome. Ces remèdes visent à briser un écosystème que les procureurs estiment verrouillé au détriment des concurrents et des consommateurs. Les avocats de Google ont de leur côté plaidé pour des ajustements limités, soulignant les bouleversements déjà induits par l’intelligence artificielle (IA), qui redessine le paysage de la recherche en ligne.
Le juge Mehta s’est montré attentif à cet argument, admettant réfléchir à l’impact potentiel de l’IA sur le marché, ce qui pourrait selon lui influer sur la sévérité de sa décision. Il a affirmé ne pas vouloir « couper les jambes de Google », mais plutôt « donner un coup d’envoi » à la concurrence, cherchant manifestement une solution équilibrée entre innovation technologique et respect des règles de concurrence.
Le ministère de la Justice soutient que l’essor de l’IA ne saurait corriger à lui seul l’avantage injuste de Google, et que des restrictions légales sont indispensables pour éviter une domination perpétuelle, surtout alors que le moteur de recherche se transforme en moteur de réponses grâce à l’IA. Parmi les mesures les plus controversées figure la vente de Chrome, jugée par certains experts comme l’option la plus efficace pour limiter l’emprise de Google, mais aussi la plus risquée.
Ce débat juridique suscite de vives réactions. Apple, qui reçoit plus de 20 milliards de dollars par an de Google pour faire de son moteur la recherche par défaut sur ses appareils, s’est opposé à une interdiction de ces accords, arguant que cela nuirait à son propre financement de la recherche. Des juristes ont également critiqué l’idée d’obliger Google à partager ses données avec ses concurrents, invoquant des risques pour la vie privée des utilisateurs.
Le juge Mehta devrait rendre sa décision d’ici la fête du Travail, début septembre. Google a d’ores et déjà annoncé son intention de faire appel, mais ne pourra le faire qu’après que les mesures correctives auront été formellement ordonnées. La décision à venir pourrait redéfinir durablement les règles du jeu dans le monde de la recherche en ligne.