Ils ont grimpé dans les arbres, mais c’est la justice qu’ils défendent. Dans la nuit du 1er au 2 juin, des militants du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA) ont installé leurs cordes et leurs hamacs dans les platanes près de l’Assemblée nationale. Une occupation spectaculaire, politique et médiatique, destinée à dénoncer une proposition de loi débattue ce lundi dans l’hémicycle. Le texte, déjà validé au Sénat, vise à rétablir les autorisations environnementales du chantier de l’A69 — annulées en février par la justice administrative. Depuis des mois, le projet autoroutier entre Toulouse et Castres cristallise les tensions. Et pour cause : le tribunal administratif de Toulouse a jugé les autorisations illégales, estimant que les travaux avaient débuté alors que les recours juridiques n’étaient pas purgés. Un camouflet pour l’État, qui a obtenu fin mai la reprise des travaux en urgence. Mais la décision sur le fond, elle, reste en suspens. Trop lent ? Pas pour les militants, qui veulent laisser le droit suivre son cours.
Une loi pour contourner le droit, vraiment ?
Derrière le texte débattu à l’Assemblée, quatre parlementaires du Tarn, et un gouvernement pressé de sécuriser juridiquement le projet. En qualifiant l’A69 de « raison impérative d’intérêt public majeur », la loi ouvrirait la voie à des dérogations à la protection des espèces. Une manœuvre dénoncée comme un passage en force. Pour le GNSA, c’est une tentative de « piétiner l’état de droit » et d’imposer coûte que coûte un projet « écocide », « injustifié » et « rejeté par les habitants, les scientifiques et la société civile ». L’opposition parlementaire, elle, n’a pas dit son dernier mot. La France insoumise et les écologistes ont déposé 695 amendements, de quoi ralentir considérablement l’adoption du texte. Une motion de rejet préalable complète la stratégie. Objectif : faire dérailler la procédure ou, à défaut, retarder le vote et forcer le renvoi du texte en commission mixte paritaire. Le député Jean Terlier, à l’origine de la proposition, parle d’« obstruction assumée », mais affirme encore croire à un compromis. Sur le terrain comme dans les arbres, les militants du GNSA assurent que l’avenir de l’A69 ne doit pas se jouer à coups d’amendements ou de dérogations. Pour eux, le vrai champ de bataille reste celui de la justice administrative. Et des platanes, visiblement.