Livreurs de repas, la course s'use: 63 heures par semaine et des revenus sous le Smic
Livreurs de repas, la course s'use: 63 heures par semaine et des revenus sous le Smic

À Paris comme à Bordeaux, ils filent entre les voitures, le dos courbé et le regard rivé sur l’appli. Une étude publiée mardi 31 mars par Médecins du monde, avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Ined, met des chiffres sur ce que beaucoup devinent sans le voir: une intensité de travail hors norme chez les livreurs de repas à domicile.

L’enquête s’appuie sur 1 004 entretiens menés de janvier à juillet 2025, souvent dans la rue ou dans des lieux associatifs, avec des échanges d’environ 44 minutes. Résultat, huit livreurs sur dix disent rouler au moins six jours par semaine, pour une moyenne de 63 heures hebdomadaires. Le corps, lui, encaisse, avec des douleurs évoquant des troubles musculo-squelettiques, surtout dans le dos mais aussi aux épaules et aux articulations.

Douleurs, accidents, repas sautés: l’envers du décor

Douleurs, accidents, repas sautés: l’envers du décor Rien de très glamour non plus quand il s’agit de besoins basiques. L’accès aux toilettes pendant les plages de livraison est décrit comme limité et l’étude relie cette contrainte à des effets sur la santé: 32% des personnes interrogées déclarent des troubles urinaires réguliers sur le mois précédant l’enquête. Sur la route, la statistique cogne: 59% disent avoir déjà eu au moins un accident en travaillant, et chez les accidentés à vélo, 78% affirment avoir été blessés. Une chute, un choc, une glissade, puis on remonte sur la selle, parce que le compteur tourne et que l’algorithme, lui, ne prend pas de pause.

Le nerf de la guerre reste l’argent, et là encore le contraste est rude. Les livreurs interrogés déclarent un gain mensuel moyen de 1 480 euros brut, pour un revenu horaire moyen inférieur à 6 euros quand le Smic brut est à 12,02 euros de l’heure, un écart qui dit tout du modèle économique. Selon l’étude, 93% n’ont pas d’autre activité rémunérée et 56% disent avoir passé au moins une journée sans « vrai repas » au cours de l’année écoulée faute d’argent. Entre la flexibilité vantée et la précarité vécue, cette photographie relance, sans bruit mais avec insistance, la question du cadre social d’un travail devenu familier dans nos rues.

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