Donald Trump pensait probablement avoir tout vu dans sa célèbre Trump Tower à New York, mais l’irruption ce jeudi d’une centaine de militants juifs venus dénoncer l’arrestation de Mahmoud Khalil a offert une scène inédite, même selon les standards new-yorkais.
À l’appel du mouvement Jewish Voice for Peace (« Voix juive pour la paix »), environ deux cents manifestants vêtus de t-shirts rouges—clin d’œil moqueur au célèbre slogan trumpien « Make America Great Again »—ont pris possession du hall ultra-sécurisé du gratte-ciel de Manhattan en scandant : « Les Juifs disent : arrêtez d’armer Israël ! » ou encore « Ramenez Mahmoud à la maison maintenant ! ».
Mahmoud Khalil, étudiant de 30 ans à l’université de Columbia, résident permanent aux États-Unis, est en effet détenu depuis samedi par les services américains de l’immigration qui l’accusent d’avoir fait l’apologie du Hamas lors de rassemblements sur le campus contre la guerre à Gaza. L’administration Trump souhaite son expulsion immédiate, le président lui-même promettant sur ses réseaux sociaux que cette arrestation ne serait « que la première d’une longue série ».
La police de New York a finalement interpellé 98 manifestants après avoir tenté de les disperser, principalement pour « intrusion et obstruction ». Aucun blessé n’a été signalé, selon Kaz Daughtry, adjointe au maire chargée de la sécurité publique, mais les arrestations ont suscité une forte émotion chez les protestataires. Jane Hirschmann, militante juive se présentant comme descendante de survivants de l’Holocauste, n’a pas mâché ses mots : « Nous sommes au bord d’une prise de pouvoir autoritaire. Nous savons où cela mène, c’est ainsi que débutent les régimes fascistes ».
Même tonalité chez James Schamus, professeur juif à Columbia, pour qui la prétendue lutte de Trump contre l’antisémitisme ne serait qu’un « écran de fumée ». Selon lui, l’administration instrumentaliserait la judéité pour violer les droits civiques américains et étouffer la démocratie.
Depuis plusieurs semaines, Donald Trump multiplie les attaques contre les universités accusées de tolérer des manifestations jugées trop propalestiniennes. Il a déjà coupé près de 400 millions de dollars de subventions à Columbia, un avertissement clair aux institutions universitaires.
De son côté, Jewish Voice for Peace a promis de poursuivre le combat. « Nous ne resterons pas les bras croisés face à un régime qui tente de criminaliser les Palestiniens et ceux qui s’opposent à la complicité américaine dans la violence à Gaza », a martelé l’organisation.
Un message entendu haut et fort, cette fois jusque dans le hall doré du symbole le plus emblématique de l’Amérique de Donald Trump.