Ce qui aurait pu passer pour une scène de film noir s’est bel et bien déroulé dans la réalité, au cœur de la nuit du 18 au 19 février 2025, à Colombelles, près de Caen. Quatre hommes ont été reconnus coupables lundi 30 juin par le tribunal correctionnel de Caen pour avoir enlevé, séquestré et violemment passé à tabac un homme de 32 ans, dans un règlement de comptes qui semble lié au trafic de stupéfiants.
Un calvaire filmé et diffusé sur Snapchat
Les faits, captés par la caméra de surveillance d’un logement Airbnb, montrent une série de scènes d’une brutalité inouïe. On y distingue plusieurs hommes cagoulés forçant la victime, Driss, à entrer dans la maison. Les cris, audibles depuis l’extérieur, laissent entrevoir la violence des coups portés. À l’intérieur, Driss est roué de coups, perd connaissance à plusieurs reprises, avant que ses agresseurs ne le réveillent à coups d’eau. L’un d’eux lui enfonce même le canon d’un fusil dans la bouche, provoquant une blessure au palais. Après plusieurs heures de calvaire, il est ligoté, bâillonné, puis jeté dans le coffre de sa propre voiture. Le trajet se poursuit jusqu’à une forêt au sud de Caen. Là, les violences reprennent. Les ravisseurs lui mettent un sac sur la tête, tirent un coup de feu à proximité de son crâne, et menacent de le brancher à la batterie du véhicule. Des câbles sont posés sur ses oreilles. Après quatre heures d’agression, Driss est relâché, pieds nus, près du centre commercial d’Ifs.
Des suspects retrouvés grâce aux poubelles et aux colis
C’est grâce aux objets retrouvés dans l’appartement de Colombelles que les enquêteurs ont identifié les agresseurs : une carte d’opticien, des colis Mondial Relay et les images des vidéos de surveillance ont permis de remonter jusqu’à Ben, Nino, Mathieu et Nabil (prénoms modifiés). Des extraits de vidéos circulant sur Snapchat, où l’on voit la victime tuméfiée, ont renforcé les soupçons d’un message d’intimidation en lien avec un réseau de drogue. À l’audience, Driss a nié tout lien avec le trafic de stupéfiants, tout comme une connaissance approfondie de ses agresseurs. Mais les éléments du dossier ont pointé des connexions évidentes avec un circuit d’approvisionnement en drogue entre l’Espagne et la Normandie, via des envois discrets par colis.
Peines de prison et interdiction de port d’armes
Le tribunal a retenu la culpabilité des quatre prévenus. Ben, considéré comme l’organisateur principal, a été condamné à six ans de prison ferme. Nino écope de quatre ans, dont un avec sursis probatoire. Mathieu et Nabil ont chacun écopé de trois ans, assortis d’un an de sursis probatoire. Tous resteront incarcérés et se verront interdire la détention d’armes pendant cinq ans.
L’affaire, qui aurait pu être requalifiée en « actes de torture et de barbarie » selon l’avocate de la victime, révèle la violence souterraine de certains réseaux criminels locaux et le rôle central que peuvent jouer les images, à la fois comme preuves et comme instruments d’intimidation.