Cocaïne envolée à Marseille : deux hauts responsables de l’Office antistupéfiants mis en examen
Cocaïne envolée à Marseille : deux hauts responsables de l’Office antistupéfiants mis en examen

C’est l’un des scandales les plus embarrassants qu’ait connu la lutte contre le trafic de drogue en France. Deux commissaires à la tête de l’antenne marseillaise de l’Office antistupéfiants (Ofast) ont été mis en examen après la disparition de 400 kilos de cocaïne en pleine opération de livraison surveillée, au printemps 2023. La cargaison, introduite sous surveillance dans le port de Marseille, s’est volatilisée. Aucun réseau n’a été démantelé. Aucun trafiquant n’a été arrêté. Et les policiers se retrouvent désormais au cœur de l’affaire. Les charges retenues sont lourdes : complicité de faux en écriture publique, violation du secret de l’enquête, complicité d’atteinte à la vie privée par captation illicite. Officiellement, ni trafic de drogue ni corruption. Mais pour la justice, c’est bien l’encadrement de l’opération « Trident » qui est aujourd’hui sous le feu des projecteurs.

Une opération virant au fiasco

L’affaire débute sur un tuyau : une importante livraison de cocaïne colombienne est attendue au port, dissimulée dans une cargaison de bananes. L’Ofast choisit de ne pas saisir la drogue, préférant remonter les filières jusqu’à Mohamed Djeha, alias « Mimo », figure du narcobanditisme à la Castellane. Mais le scénario dérape. Les 400 kilos de cocaïne disparaissent, sans qu’aucune arrestation n’ait lieu. Depuis, l’affaire a pris des proportions inattendues. Plusieurs policiers ont déjà été mis en examen pour trafic de stupéfiants, blanchiment et association de malfaiteurs. L’enquête, menée par la Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Junalco), évoque des échanges hors hiérarchie entre policiers et tiers, la revente potentielle de plusieurs centaines de kilos de cocaïne, et la falsification des quantités réellement importées.

La hiérarchie se défend, la justice resserre l’étau

Placés sous contrôle judiciaire, les deux commissaires se voient interdits d’exercer toute fonction de police judiciaire, d’accéder aux locaux des Bouches-du-Rhône et d’entrer en contact avec d’autres mis en cause. Du côté des avocats, la défense se crispe. Me Louis Cailliez, conseil de la cheffe de l’Ofast, rejette toute responsabilité de sa cliente, assurant qu’elle ignorait les dérives internes et qu’elle les avait même dénoncées. Il dénonce une instrumentalisation politique du dossier. Même son de cloche chez l’adjoint, représenté par Me Vanessa Bousardo, qui insiste sur le fait que son client est à l’origine du signalement ayant déclenché l’enquête. Elle annonce un recours en nullité et déplore un signal désastreux adressé aux lanceurs d’alerte. La justice, elle, poursuit son travail de démêlage dans une affaire où l’un des organes censés traquer le narcotrafic semble s’être retrouvé, au mieux dépassé, au pire compromis. Marseille, déjà saturée par les règlements de comptes, voit son antistupéfiants perdre sa crédibilité. La drogue, elle, a depuis longtemps changé de quai.

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