Le groupe Carrefour se retrouve dans le viseur de la justice. Ce lundi 17 mars, les ONG Bloom et Foodwatch ont annoncé avoir assigné l’enseigne devant le tribunal judiciaire de Paris, l’accusant de « manquement à son devoir de vigilance » dans sa filière thonière. Après deux ans de mises en demeure et un dialogue jugé « stérile », les deux associations ont décidé de passer à l’action, estimant que le distributeur ne fait pas assez pour prévenir les atteintes environnementales et humaines liées à l’industrie du thon en boîte.
Cette offensive juridique coïncide avec la publication d’un rapport au titre évocateur, « Carrefour : le cynisme », dans lequel Bloom dénonce un écart entre les engagements affichés par l’enseigne et la réalité de son approvisionnement en thon. Selon les ONG, Carrefour n’impose pas d’interdiction aux méthodes de pêche destructrices, ne fixe aucune limite stricte sur les niveaux de mercure dans ses produits et ne garantit pas l’absence de violations des droits humains dans sa chaîne d’approvisionnement.
En octobre 2024, Bloom et Foodwatch avaient déjà révélé une contamination généralisée du thon au mercure, mettant en garde contre les risques pour la santé des consommateurs. Malgré ces alertes, Carrefour n’aurait pas pris de mesures suffisantes selon les associations.
Face à ces accusations, l’enseigne se défend vigoureusement. Contacté par l’AFP, Carrefour « conteste fermement » les reproches qui lui sont faits et affirme poursuivre ses engagements pour une pêche durable. Le groupe met en avant l’arrêt de ses approvisionnements en thon albacore pêché dans l’océan Indien comme preuve de sa démarche responsable. Il accuse également Bloom d’avoir un objectif implicite : pousser Carrefour à cesser totalement la vente de thon dans ses magasins.
Cette affaire s’inscrit dans une tendance plus large où les grandes enseignes sont de plus en plus interpellées sur leur responsabilité environnementale et sociale. La justice tranchera si Carrefour a failli à son devoir de vigilance ou si ces accusations relèvent d’une vision trop radicale de la part des ONG.