Le psychanalyste Jean-Pierre Winter est mort mardi à l’âge de 74 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué transmis à l’AFP. Formé par Jacques Lacan, dont il fut l’un des héritiers intellectuels les plus visibles, Winter avait su imposer sa voix bien au-delà des cercles psychanalytiques, notamment grâce à ses ouvrages destinés au grand public et à ses interventions fréquentes dans le débat social. Auteur prolifique, il avait notamment publié un entretien avec Françoise Dolto et signé des essais marquants comme Les hommes politiques sur le divan ou Dieu, l’amour et la psychanalyse.
Une pensée marquée par Lacan et Dolto
Né en 1951, Jean-Pierre Winter avait développé une approche nourrie de la tradition lacanienne et de réflexions venues de la pensée juive profane, selon sa famille. Son expertise l’avait conduit à intégrer la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, où il participa aux travaux menés entre 2019 et 2021 pour documenter les violences commises depuis les années 1950. Sa parole, souvent sollicitée, se voulait engagée mais détachée de tout militantisme, selon ses proches, qui saluent son parcours d’essayiste autant que de clinicien.
Ses prises de position, en revanche, n’ont pas toujours fait consensus. Hostile au mariage pour tous en 2013, Winter estimait dans une tribune au Monde que cette réforme relevait d’un « symptôme à déchiffrer » plutôt que d’une revendication à satisfaire. Il avait ensuite publié un ouvrage contre l’homoparentalité, évoquant un « déni dangereux » de la différence des sexes, ce qui lui avait valu de vives critiques, certains allant jusqu’à qualifier ces positions d’homophobes. Lui refusait cette étiquette, affirmant défendre la liberté de penser au-delà de tout « chantage ».
Une voix singulière dans le paysage intellectuel
Qu’on partage ou non ses analyses, Jean-Pierre Winter restera comme l’une des figures les plus médiatisées de la psychanalyse française contemporaine, capable de faire dialoguer des enjeux cliniques, anthropologiques et politiques dans un langage accessible. Sa disparition laisse un vide au sein d’une discipline dont il fut l’un des passeurs les plus actifs.