Pour la première fois, une juge parisienne spécialisée en santé publique enquête sur la plainte d’un steward d’Air France affirmant avoir été victime du « syndrome aérotoxique », un ensemble de symptômes attribués à l’air contaminé à bord des avions. Un dossier sensible qui relance un débat scientifique et sanitaire de plus en plus pressant.
Un tabou dénoncé par les navigants
Marc (prénom modifié), la cinquantaine, est steward depuis plus de vingt ans. Après trois malaises en vol qu’il impute à ce syndrome, il a porté plainte en avril 2024 avec constitution de partie civile. Une procédure qui fait suite à un premier dépôt de plainte classé sans suite en 2023 par le parquet de Paris, faute de lien établi entre son état de santé et les expositions dénoncées. « J’ai décidé de monter au créneau pour toute la profession », confie-t-il. Il évoque une « omerta » dans l’aviation civile sur les risques liés à la qualité de l’air à bord. Le « syndrome aérotoxique » est suspecté d’être provoqué par l’inhalation d’air vicié provenant des réacteurs, notamment lors de fuites ou dégagements de fumée. Selon l’Association des victimes du syndrome aérotoxique (Avsa), les huiles de lubrification utilisées dans les moteurs contiennent des additifs toxiques susceptibles de se diffuser dans l’air pressurisé de la cabine. Parmi les symptômes recensés : vertiges, maux de tête, troubles digestifs et respiratoires.
Une reconnaissance encore incertaine
La recherche scientifique peine à trancher. Une étude soutenue par l’OMS en 2017 plaidait pour une reconnaissance rapide de cette pathologie comme maladie professionnelle. Mais l’Agence française de sécurité sanitaire a temporisé en 2023, appelant à davantage de données. Le débat s’est aussi déplacé en justice : en parallèle de la plainte du steward, une autre instruction est ouverte depuis 2016 sur la plainte similaire d’un pilote d’EasyJet. Selon une expertise judiciaire de 2022, les personnels de bord exposés présentent effectivement davantage de troubles de santé que la population générale. Des décisions judiciaires récentes renforcent cette hypothèse. En avril, la cour d’appel de Toulouse a reconnu la validité scientifique du lien entre les fumées présentes en cabine et certains troubles de santé. Pour autant, les compagnies aériennes, comme Air France ou EasyJet, affirment respecter les normes en vigueur et nient tout danger avéré. La justice devra donc trancher entre une recherche encore fragmentaire et la multiplication de témoignages de professionnels navigants affirmant en subir les effets au quotidien.