Faux bons plans cosmétiques : quand les soins « dupes » deviennent toxiques
Faux bons plans cosmétiques : quand les soins « dupes » deviennent toxiques

Sur TikTok, les vidéos vantant des cosmétiques à bas prix pullulent, portées par l’enthousiasme de jeunes consommatrices convaincues d’avoir trouvé l’astuce du siècle : les « dupes ». Ces copies de produits de beauté ou de soins solaires prétendent offrir les mêmes résultats que les originaux, pour une fraction du prix. Mais derrière le buzz se cache une réalité bien plus inquiétante : ces alternatives séduisantes peuvent sérieusement nuire à la santé. Xavier Guéant, responsable des affaires juridiques à la Fédération française des entreprises de la beauté, observe une explosion de ces produits « de plus en plus populaires chez les jeunes » et pourtant « difficiles à identifier tant ils se situent à la lisière de la contrefaçon ». Un terrain glissant où la tentation commerciale flirte dangereusement avec la fraude, au détriment de la sécurité des consommateurs. Selon lui, les « dupes » représentent un « risque sanitaire réel », souvent minimisé par l’emballage attrayant et le discours viral.

Un cocktail de substances interdites et d’ingrédients fantômes

Le docteur Stéphane Pirnay, toxicologue chez Expertox, tire la sonnette d’alarme : certains de ces produits dissimulent des substances « toxiques », parfois interdites, ou présentes en quantité largement au-dessus des seuils autorisés. Il évoque la présence récurrente de « métaux lourds » ou de « phtalates », classés parmi les perturbateurs endocriniens. Plus troublant encore, plusieurs analyses ont révélé la présence d’agents pathogènes, de terre, de plumes, voire d’excréments dans des cosmétiques contrefaits. Les crèmes solaires ne sont pas épargnées. Laurence Coiffard, professeure en pharmacie à Nantes, a examiné plusieurs de ces produits vendus sur des plateformes comme Temu ou AliExpress. Résultat : aucun des échantillons testés ne contenait de filtres UV, malgré des mentions affichant un indice de protection SPF 50+. Ces crèmes, qui devraient protéger la peau des rayons nocifs, n’ont donc qu’un effet placebo, avec des conséquences potentiellement graves pour les usagers. 

Les plateformes chinoises sont dans le viseur

Une étude du Bureau européen des unions de consommateurs publiée en février a révélé que plus de 80 % des produits achetés sur Temu étaient non conformes aux règles européennes. Ingrédients absents des étiquettes, mentions mensongères, contrôles inexistants : les manquements sont légion. Pourtant, les produits continuent d’inonder le marché numérique, échappant aux rares contrôles existants. Comme le souligne Laurence Coiffard, « le phénomène a pris une telle ampleur que les autorités sont totalement dépassées ». 

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