Catherine Vautrin, ministre de la Santé et des Solidarités, a annoncé ce dimanche vouloir instaurer une interdiction de l’exposition aux écrans pour les enfants âgés de la naissance à trois ans. Une mesure symbolique mais forte, qui vise à provoquer un véritable changement culturel dans les habitudes éducatives.
Une interdiction à portée universelle
La ministre précise que cette interdiction devra s’appliquer « partout, y compris à la maison », bien que les autorités n’aient pas vocation à vérifier sa bonne application dans les foyers. « C’est comme pour l’interdiction de la fessée », explique-t-elle au Journal du Dimanche. « Il n’y a pas eu de contrôle, mais la norme sociale a évolué. » Le gouvernement souhaite ainsi installer une idée simple : exposer les tout-petits aux écrans, même brièvement, n’est pas sans conséquence. Le projet ne se limite pas à une déclaration d’intention : un arrêté interdisant l’usage des écrans dans tous les lieux d’accueil de la petite enfance doit être publié « dans les toutes prochaines semaines ». Crèches, assistantes maternelles et autres structures devront s’y conformer.
Un cadre renforcé pour les professionnels et les parents
Les professionnels de la petite enfance, déjà sensibilisés aux risques liés aux écrans, ont contribué à l’élaboration d’un référentiel national sur la qualité d’accueil. L’arrêté permettra d’ancrer plus fermement ces pratiques et donnera davantage de légitimité aux équipes pour dialoguer avec les familles. En parallèle, le gouvernement prévoit une communication massive : les Caisses d’allocations familiales et d’assurance maladie transmettront l’information, tout comme les carnets de maternité et de santé. Depuis janvier, le carnet de santé précise qu’il ne faut « pas d’écran avant trois ans » et recommande, entre trois et six ans, un usage limité à des contenus éducatifs, accompagnés d’un adulte.
Une réponse à l’alerte des experts
Cette initiative fait écho à un rapport alarmant publié en avril par une commission d’experts mandatée par Emmanuel Macron. Ces spécialistes de la santé et de la petite enfance avaient souligné les effets nocifs des écrans sur le développement cognitif, social et émotionnel des tout-petits. L’exposition précoce peut, selon eux, altérer durablement les capacités d’attention, de langage et de régulation émotionnelle. Les conclusions du rapport plaidaient pour une mobilisation générale et des mesures concrètes, dont l’interdiction explicite d’écrans avant l’âge de trois ans. Le gouvernement entend donc inscrire cette recommandation dans la loi, avec un objectif assumé : faire évoluer les comportements parentaux et ancrer un nouveau consensus autour de la santé des enfants. Une campagne nationale d’information viendra appuyer cette démarche pour éviter tout malentendu. « Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas », prévient Catherine Vautrin.