CMV pendant la grossesse : vers un dépistage systématique pour prévenir les handicaps
CMV pendant la grossesse : vers un dépistage systématique pour prévenir les handicaps

Après vingt ans de débats, la Haute autorité de santé (HAS) recommande officiellement le dépistage systématique du cytomégalovirus (CMV) au premier trimestre de grossesse. Une décision qualifiée d’« historique » par plusieurs professionnels de santé, à l’image d’Yves Ville, chef de service à la maternité Necker-Enfants malades (AP-HP), qui plaide depuis longtemps pour une telle mesure afin de réduire les inégalités d’accès aux soins.

Un virus discret mais aux conséquences lourdes

Chaque année en France, 800 bébés naissent avec un handicap lié à une infection à CMV contractée in utero. Le virus, le plus souvent bénin, peut provoquer des séquelles graves lorsqu’il est transmis au fœtus : perte auditive, troubles neurologiques, paralysie partielle ou retard global du développement. Jusqu’à présent, seules les femmes les mieux informées demandaient ce dépistage, qui leur était souvent refusé ou découragé. Environ un tiers des femmes enceintes y accédaient, de manière inégale sur le territoire. Grâce à une simple prise de sang, le dépistage permet d’identifier les femmes séronégatives (jamais infectées auparavant), plus à risque de transmettre le virus à leur bébé si elles contractent une primo-infection. Si c’est le cas, un traitement antiviral (valaciclovir) peut alors être proposé pour limiter la transmission. D’après les études, ce traitement préventif empêche la contamination dans deux cas sur trois, et diminue par cinq le risque de séquelles en cas d’infection malgré tout.

Un enjeu de santé publique et d’égalité

Longtemps opposé à cette généralisation, le Haut conseil de la santé publique avait mis en avant les incertitudes concernant le traitement et la difficulté d’une mise en œuvre homogène. La HAS a finalement tranché en prenant en compte le poids sanitaire du virus, l’existence d’un traitement sûr, et surtout les inégalités d’accès au dépistage. Désormais, toutes les femmes enceintes recevront une information claire et auront accès au test dès le premier trimestre, sauf si elles ont déjà contracté le virus. Le dispositif sera réévalué dans trois ans. En attendant, les professionnels se préparent : les laboratoires de biologie médicale se sont accordés sur une interprétation homogène des résultats, et un comité de suivi a été mis en place pour encadrer les pratiques, éviter les dérives et évaluer l’impact à long terme de cette nouvelle stratégie. Une réforme qui pourrait faire date dans la prévention des handicaps liés aux infections congénitales.

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