Par Jérôme Goulon.
Le 4 janvier est célébré comme la Journée mondiale de l’hypnose. Cette journée vise à déconstruire les idées reçues sur l’hypnose et à montrer qu’elle peut être un outil efficace pour aider les personnes à surmonter différents problèmes. À cette occasion, nous avons interviewé Sabrina Rives, hypnothérapeute, magnétiseuse et artiste française reconnue pour son travail alliant bien‑être, hypnose et performance scénique. Star actuelles des plateaux de télé, elle nous parle de l’hypnose et nous présente son spectacle L’Hypnose Ensorcelée, une création mêlant humour, hypnose et théâtre, au Apollo Théâtre à Paris (11ᵉ) à partir du 16 janvier puis en tournée dans toute la France. Un show atypique qui plonge le public dans un univers captivant inspiré de légendes et d’histoires hypnotiques, tout en offrant un mélange de divertissement et de réflexion. Un entretien captivant…
« J’interview sur des personnes brûlées dans des incendies, ça aide à atténuer leur douleur. »
Jérôme Goulon : Bonjour Sabrina. Pour commencer, qu’est-ce qui vous a conduit vers l’hypnose ?
Sabrina Rives : J’ai une famille côté maternel italienne. Mon arrière-grand-mère était un grand guérisseur, un magnétiseur, et ma grand-mère aussi. Nous sommes coupeurs de feu et magnétiseurs : j’interview notamment sur des personnes brûlées dans des incendies, ça aide à atténuer leur douleur. Parallèlement, lors de mes études, l’hypnose médicale a été une révélation il y a environ 17 ans, ce n’était pas très répandu. Aujourd’hui, les infirmiers sont formés par des organismes spécialisés, et les hôpitaux ont désormais leurs propres salariés formés.
L’hypnose en bloc opératoire est peu connue du grand public. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ?
Elle existe depuis 15 ans, mais elle n’est pas proposée à tous les patients. C’est surtout pour des situations spécifiques. Par exemple, une personne qui doit subir une cytoponction de la thyroïde : on introduit une aiguille pour prélever un nodule. Si le patient est âgé, a des problèmes cardiaques ou de la tension, on préfère éviter une anesthésie générale pour une intervention très courte. On utilise alors une anesthésie locale, parfois un patch anesthésiant, et l’hypnose pour supprimer la douleur et détendre le patient.
L’hypnose peut-elle se substituer aux produits chimiques ?
Non, cela complète l’anesthésie locale, mais ne remplace pas les produits chimiques, même si parfois, on n’a pas besoin d’anesthésiant, par exemple pour une coloscopie. La personne est mise en hypnose pour détourner son attention, l’emmener ailleurs mentalement, et la procédure se fait sans douleur.
Et à quel moment décide-t-on de de recourir à l’hypnose pour un patient ?
Soit le patient est trop âgé et présente un risque avec une anesthésie générale, soit il y a des contraintes médicales comme le poids. On propose alors l’hypnose pour des interventions non invasives, mais jamais pour des opérations lourdes.
Quels types d’opérations bénéficient le plus de l’hypnose anesthésique ?
Pour tout ce qui est dentaire notamment, pour les patients phobiques de l’aiguille ou de l’ouverture de la bouche. C’est aussi utilisé pour la dermatologie et la chirurgie esthétique du visage, comme le retrait de fils tenseurs ou les injections de Botox. Il y a également la gynécologie, notamment pour aider les femmes qui font des fécondations in vitro, souvent âgées de 40 ans. L’hypnose permet de réduire la douleur lors du prélèvement d’ovocytes, en complément du geste du gynécologue.
Les patients savent-ils à l’avance qu’ils vont être hypnotisés ?
Oui, on le propose avant. Le patient peut accepter ou refuser. Si la douleur survient malgré l’hypnose, le chirurgien peut intervenir avec une anesthésie générale.
Vous parliez des personnes âgées, mais faites-vous aussi de l’hypnose sur de jeunes enfants qui ont peur des piqûres ?
Oui. On endort localement la mâchoire et on utilise l’hypnose pour détendre l’enfant, sans anesthésie générale. Même pour l’extraction des dents de sagesse, on peut combiner anesthésie locale et hypnose.
Avez-vous une anecdote insolite qui vous est arrivée lors d’une hypnose médicale ?
Oui. L’hypnose utilise la voix pour créer un état hypnotique. Une fois, un chirurgien s’est presque endormi en entendant ma voix pendant une opération, un prélèvement d’un kyste sur une personne de 87 ans. Il était très hypnotisable. C’était drôle, mais heureusement rare.
Certaines personnes sont-elles plus ou moins réactives, comme lors d’un spectacle d’hypnose ?
L’hypnose thérapeutique ne nécessite pas de « sommet hypnotique ». Pour le spectacle, seulement 35% à 40% de la population peuvent atteindre un état de contrôle corporel et mental, ce qu’on appelle l’hypnose de spectacle. Un hypnotiseur thérapeutique ne peut pas remplacer un hypnotiseur de spectacle et vice-versa. Mais apprendre les deux permet à un thérapeute d’évaluer le niveau d’hypnotisabilité du patient, utile pour des addictions lourdes.
« Je traite tous types d’addictions : sucre, alcool, tabac, cocaïne… »
Vous traitez aussi les phobies et les addictions ?
Oui, je traite tous types de tocs, les addictions au sucre, alcool, tabac, cocaïne, etc. Pour les grosses addictions ou dépressions sévères, je travaille avec un addictologue, psychiatre ou psychologue. On fait des rapports et on travaille main dans la main. Pour des peurs plus légères, je peux intervenir seule, par exemple pour enlever la peur des pigeons.
Quel est le plus beau compliment qu’un patient puisse vous faire ?
Qu’il me dise que ça a marché. Je guide son cerveau, mais c’est lui qui fait le travail.
Parlons de votre spectacle. Quand débute-t-il ?
Mon spectacle commence le 16 janvier jusqu’à fin mars à l’Apollo Théâtre dans le 11e à Paris, tous les vendredis et samedis à 21h30. J’ai ouvert aussi un dimanche pour les familles. C’est un spectacle familial, pratique pour les enfants et pour le dîner avant.
« Beaucoup de gens pensent que l’hypnose, c’est de la sorcellerie. »
À quoi faut-il s’attendre de l’hypnose en spectacle ?
En fait, beaucoup de gens pensent que l’hypnose, c’est de la sorcellerie. C’est dommage, mais c’est pour ça que j’ai voulu aller dans l’artistique. Je ne voulais pas arriver simplement comme « Sabrina Rives qui fait de l’hypnose ». Je voulais être artiste, jouer un personnage. Avec Mesmer, on ne voit que de l’hypnose traditionnelle, et je voulais proposer quelque chose de différent.
Qu’y a-t-il de différent dans votre spectacle ?
J’ai toujours adoré chanter, danser, faire du théâtre. Je me suis dit : « sur scène, fais tout ce que tu as toujours rêvé de faire. » Dans mon spectacle, j’ai choisi de parler des sorcières de Salem. Les jeunes filles adorent les sorcières, et moi ça me parle beaucoup, parce que je suis magnétiseur.
« À une époque, les magnétiseurs étaient considérés comme des serviteurs de Satan. On les brûlait ou on les pendait. »
Les sorcières et les magnétiseurs n’ont pas forcément bonne réputation…
C’est vrai. À l’époque, en 1680, les magnétiseurs étaient considérés comme des serviteurs de Satan. On les brûlait ou on les pendait. Les sorcières de Salem étaient en réalité des guérisseuses qui aidaient les esclaves avec des cataplasmes sur leurs blessures. Je voulais raconter cette histoire pour montrer qu’aujourd’hui, il n’y a plus d’obscurantisme et que la place des femmes est différente. Dans le spectacle, je joue Sabrina en 1681, un grand guérisseur qui aide les esclaves. Une villageoise la dénonce aux révérends, qui viennent la capturer et la brûler à l’arbre. Elle crée alors une malédiction : elle reviendra à chaque lune rouge pour hanter les hommes. Dans le spectacle, je reviens des ténèbres et je viens hanter le public. Au début, la sorcière est froide. Mais elle va s’adoucir au fil du spectacle, découvrant que les gens d’aujourd’hui sont bienveillants. Le spectacle transmet beaucoup de messages de bienveillance.
Vous parlez des sorcières, mais je crois savoir qu’il y a aussi une place importante pour l’humour dans votre show ?
Oui. Dans un spectacle d’hypnose, il faut faire rire le public. Pas seulement ceux qui regardent, mais aussi ceux qui sont sur scène. Tout le monde doit s’amuser. Je mélange l’hypnose avec le théâtre et le chant. J’ai un personnage virtuel, un corbeau nommé Corvus. Il me parle, me donne mes répliques et interagit avec le public. C’est très rigolo et plein de punchlines. Je chante aussi entre les tableaux d’hypnose, je danse, j’utilise des objets. Ça devient un show à l’américaine : théâtre, hypnose, chant, danse, tout est mélangé. Les enfants peuvent même venir sur scène.
Comment le public réagit-il à cette expérience immersive et humoristique ?
Les émotions sont multiples. Ils vont rire, parfois ressentir un peu de peur, mais toujours de manière bienveillante. Parfois, je fais croire à un danger imaginaire : je peux, par exemple, leur faire croire qu’un loup arrive alors qu’il s’agit juste de mon petit chihuahua de 1,8 kg. Ça fait rire et crée des émotions fortes. Il y a aussi des moments plus touchants. Le spectacle plaît à tous les âges, de l’enfant de 6 ans à la personne de 80 ans. Après la représentation, les spectateurs sont souvent stupéfaits de ce qu’ils ont vécu. Certains souhaitent même revenir pour revivre l’expérience.
L’éthique a une place importante pour vous ?
Oui, je fais de l’hypnose depuis 25 ans en soins. Je ne ferai jamais quelque chose qui pourrait créer des phobies ou des malaises psychologiques. Mon objectif est de donner de la bienveillance et du rire. On vit déjà tellement de choses difficiles dans la vie quotidienne et à la télévision. Le spectacle permet de se détendre, de s’amuser et de se reconnecter à des émotions positives.
« Messmer est l’un de mes modèles. »
Vos techniques hypnotiques sont-elles particulières ?
Oui. Comme je suis magnétiseur, j’utilise un regard fascinatoire qui induit un sommeil plus profond. C’est différent de l’hypnose classique de spectacle. Cela me permet de créer un effet hypnotique plus puissant tout en restant éthique.
Vous avez des modèles dans ce domaine ?
Oui. Messmer est l’un de mes modèles. Il a hérité du don de son arrière-grand-père, un peu comme moi qui ai hérité du don de mon arrière-grand-mère. Il y a aussi Charcot, Milton Erickson et d’autres grands hypnotiseurs qui m’inspirent aussi. J’étudie leurs recueils pour comprendre comment ils ont utilisé l’hypnose dans leur vie et pour aider les autres.
Vous avez d’autres projets après ce spectacle ?
Après le spectacle, j’aimerais écrire une saga basée sur ce premier show et un futur deuxième spectacle. Mon rêve serait d’ouvrir une école des sorciers, où l’on enseignerait hypnose, magnétisme, radiesthésie, voyance, acupuncture, massages, et d’autres médecines douces. L’idée est de créer une école intergénérationnelle pour les jeunes, les adultes et ceux en reconversion, avec des professeurs qualifiés pour chaque discipline.
Pour conclure, où peut-on vos voir ?
Le spectacle commence le 16 janvier 2026 à l’Apollo Théâtre, salle Apollo Comédie. Pour me rencontrer au cabinet, je suis dans le 16ème arrondissement à Paris, au 120 avenue Mozart, le mardi de 8h à 21h et le jeudi de 8h à 13h30. On peut me trouver sur Créneau Libre. Le cabinet est partagé avec d’autres thérapeutes et possède un joli jardin.