Insultée pour sa couleur de peau, la députée Nadège Abomangoli saisit la justice
Insultée pour sa couleur de peau, la députée Nadège Abomangoli saisit la justice

Une lettre anonyme truffée d’insultes racistes et sexistes a visé la députée insoumise Nadège Abomangoli. Face à ce qu’elle dénonce comme un silence institutionnel, l’élue de Seine-Saint-Denis a déposé plainte. Le courrier a été reçu le 11 juillet à l’Assemblée nationale. Signé d’aucun nom, il vise personnellement Nadège Abomangoli, députée LFI de la 10ᵉ circonscription de Seine-Saint-Denis et vice-présidente de l’Assemblée. La missive, aux formulations violentes, évoque une « erreur de casting », l’invite à « partir », et affirme explicitement qu’« une noire n’a rien à faire à ce poste ». Une attaque qu’elle relie au contexte postcolonial, et qu’elle rend publique ce mercredi sur le réseau X, expliquant avoir porté plainte contre X.

Une plainte pour propos racistes et sexistes

La députée est soutenue par ses collègues, notamment Aurélien Taché, mais c’est dans une relative indifférence institutionnelle qu’elle dit avoir dû engager seule la procédure. Son avocate, Chirinne Ardakani, évoque des « injures à caractère raciste et sexiste », relevant « l’outrage envers une personne investie de l’autorité publique ». Le ton du courrier, qualifié de « décomplexé », vise à la discréditer non sur ses actes ou ses idées, mais sur sa couleur de peau et son genre. L’élue dénonce une ambiance pesante et une répétition des faits. Ce type de courrier, selon son conseil, s’inscrit dans un « contexte plus large et réitéré », les cibles étant souvent les mêmes : des parlementaires issus de la diversité. Les députés Carlos Martens Bilongo ou Aly Diouara ont eux aussi été récemment pris pour cibles. Pour ce dernier, sept personnes doivent d’ailleurs comparaître à Paris en décembre pour cyberharcèlement.

Une pression ordinaire et silencieuse

Cette affaire souligne un phénomène plus large : les attaques racistes et sexistes, souvent ignorées ou minimisées lorsqu’elles s’exercent contre des élus perçus comme minoritaires. Pour Nadège Abomangoli, cette lettre est un symptôme d’un climat où le passé colonial n’est pas digéré et où des responsables politiques doivent encore justifier leur légitimité. Elle déplore un silence institutionnel là où, selon elle, une parole forte et unanime s’impose. Si l’affaire suit son cours judiciaire, elle est surtout révélatrice d’un racisme ordinaire qui cible les femmes noires en position de pouvoir. Pour l’élue, l’indignation ne suffit plus : il faut désormais des réponses concrètes, politiques et judiciaires.

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