Dans un geste aussi surprenant que stratégique, l’administration américaine dirigée par Donald Trump a révoqué lundi la désignation d’organisation terroriste étrangère (FTO) du groupe syrien Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), marquant une rupture radicale dans la politique des États-Unis envers la Syrie. Cette décision intervient dans le sillage de l’arrivée au pouvoir d’Ahmed al-Sharaa, ancien chef de HTS et désormais président de facto de la Syrie après le renversement de Bachar el-Assad en décembre dernier.
Anciennement connu sous le nom de Front al-Nosra, HTS était affilié à Al-Qaïda avant d’en rompre officiellement les liens en 2016. Longtemps considéré comme un groupe djihadiste radical, HTS a progressivement cherché à redorer son image, notamment en jouant un rôle central dans la coalition rebelle qui a fini par faire tomber le régime Assad après plus d’une décennie de guerre civile.
L’administration Trump justifie cette décision comme un levier pour encourager la transition politique en Syrie. « Cette révocation de la désignation FTO est une étape importante dans la réalisation de la vision du président Trump d’une Syrie stable, unifiée et pacifique », a déclaré le secrétaire d’État Marco Rubio. Washington a également annoncé l’abrogation complète de son régime de sanctions économiques contre Damas, ouvrant potentiellement la voie à une réintégration du pays dans le système financier international.
Le président syrien Ahmed al-Sharaa, désormais figure centrale de ce virage diplomatique, a rencontré Donald Trump en mai à Riyad, où les deux dirigeants ont convenu de rétablir des relations bilatérales, conditionnées à des engagements démocratiques. Sharaa a affirmé vouloir construire une Syrie « inclusive et démocratique », bien que cette orientation reste encore à l’épreuve des faits.
La levée de la désignation terroriste de HTS a été saluée par le ministère syrien des Affaires étrangères, qui y voit une « étape positive vers la correction d’une situation qui entravait auparavant un engagement constructif ». Les autorités syriennes espèrent que cette décision conduira à la suppression des autres restrictions pesant sur les institutions et les responsables du nouveau régime.
Cependant, des obstacles majeurs demeurent. Le Conseil de sécurité de l’ONU maintient à ce jour des sanctions contre HTS et contre Sharaa lui-même. Leur levée nécessiterait un consensus international encore loin d’être acquis, notamment du côté des puissances européennes, plus prudentes face au passé djihadiste du groupe.
Ahmed al-Sharaa prévoit de participer à la prochaine Assemblée générale des Nations Unies en septembre, signe de son ambition de faire reconnaître son gouvernement sur la scène internationale. Reste à savoir si la communauté internationale acceptera ce basculement diplomatique opéré par Washington, et si HTS, désormais sorti de l’ombre, tiendra ses promesses de modération.