La Chine accueille cette semaine un sommet de haut niveau avec ses partenaires d’Amérique latine et des Caraïbes, à un moment charnière des relations commerciales mondiales, marqué par une guerre tarifaire exacerbée entre Pékin et Washington. L’événement, organisé dans le cadre du Forum Chine-CELAC, se tient à Pékin en présence des présidents du Brésil, de la Colombie et du Chili, et vise à intensifier les liens économiques entre la Chine et cette région historiquement sous l’influence des États-Unis.
Ce sommet coïncide avec une tentative de désescalade entre les deux premières économies mondiales, qui se sont récemment engagées à réduire les tensions commerciales après un week-end de négociations. Une déclaration conjointe sino-américaine est attendue lundi, mais Pékin poursuit en parallèle sa stratégie d’alliance mondiale contre ce qu’elle qualifie d’« abus de droits de douane » de la part des États-Unis.
Pour la Chine, l’Amérique latine représente un partenaire stratégique majeur. Le commerce bilatéral avec la région s’élevait à 427 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2024. Le président Xi Jinping prononcera un discours au sommet, sa première intervention depuis la création du Forum Chine-CELAC il y a dix ans. Pékin espère y consolider des accords sur les matières premières, les infrastructures et les technologies, dans le cadre de son initiative « la Ceinture et la Route ».
Le Brésil, partenaire commercial clé, est au cœur des discussions. Le président Lula da Silva est attendu mardi pour une visite d’État qui devrait aboutir à la signature de plus d’une douzaine d’accords bilatéraux. En 2024, la Chine a acheté pour 37 milliards de dollars de soja brésilien, et vient de reprendre ses importations auprès de cinq entreprises précédemment suspendues. Par ailleurs, le Chili et la Chine devraient évoquer de futurs investissements chinois dans le secteur du lithium, dont le pays andin est l’un des principaux producteurs mondiaux.
Dans un contexte géopolitique tendu, cette réunion est également un signal fort à Washington. La participation de la Colombie, qui envisage de rejoindre la BRI, contraste avec la décision du Panama de s’en retirer. Le canal de Panama cristallise d’ailleurs les rivalités entre Pékin et Washington, notamment après le rachat par le fonds américain BlackRock d’infrastructures portuaires stratégiques dans la zone, qualifié par Donald Trump de « reconquête ».
À l’approche du sommet des BRICS prévu à Rio en juillet, la Chine entend affirmer son rôle de leader du Sud global, en tissant des partenariats économiques résilients avec l’Amérique latine face à une architecture mondiale qu’elle juge trop dominée par l’Occident.