Libye : retour sur une décennie de chaos, de divisions et de lutte pour le pouvoir
Libye : retour sur une décennie de chaos, de divisions et de lutte pour le pouvoir

Depuis le soulèvement de 2011 qui a mis fin à la dictature de Mouammar Kadhafi, la Libye n’a jamais retrouvé la stabilité. En quatorze années, le pays a connu révolutions, interventions étrangères, montée du terrorisme, guerres de factions et échecs électoraux répétés. Un enchaînement de crises politiques et militaires a fragmenté durablement l’État libyen, alimentant une instabilité chronique qui culmine aujourd’hui encore dans les rues de Tripoli.

Tout commence en 2011, lorsque la révolte populaire soutenue par l’OTAN renverse Kadhafi. Le leader est capturé et tué en octobre, laissant un vide politique aussitôt comblé par des milices armées. En 2012, des élections sont organisées pour former un gouvernement de transition, mais le véritable pouvoir reste entre les mains de groupes armés locaux, dont les tensions dégénèrent rapidement.

En 2014, la scission entre l’Est et l’Ouest devient officielle : deux gouvernements rivaux s’installent, l’un à Tripoli, soutenu par les islamistes, l’autre à Tobrouk, appuyé par le général Khalifa Haftar. Ce dernier parvient à unir une partie des forces armées sous la bannière de l’Armée nationale libyenne (ANL), tandis que l’État islamique en profite pour s’emparer de Syrte en 2015.

L’accord politique libyen signé fin 2015 sous l’égide de l’ONU ne parvient pas à unifier les factions. Les combats continuent, culminant en 2019 lorsque Haftar tente de prendre Tripoli par la force, avec le soutien de la Russie, des Émirats arabes unis et de l’Égypte. Le gouvernement de Tripoli résiste grâce à l’aide militaire de la Turquie. Un cessez-le-feu est finalement conclu en 2020, ouvrant la voie à un processus de paix fragile.

En 2021, l’ONU parvient à établir un gouvernement d’unité nationale (GNU), mais les élections prévues échouent en raison de désaccords persistants entre institutions rivales. Depuis, la crise s’est enlisée. En 2023, la tragédie des inondations de Derna illustre les conséquences dramatiques de la fragmentation de l’État. En 2024, le limogeage du gouverneur de la Banque centrale aggrave les tensions entre les camps de l’Est et de l’Ouest.

En 2025, la lutte pour le contrôle de Tripoli connaît un nouveau tournant : la mort du puissant chef de milice Ghaniwa précipite une série de violents affrontements. Le Premier ministre Abdulhamid al-Dbeibah tente de consolider son pouvoir avec l’appui des brigades 444 et 111, éliminant progressivement ses rivaux. Mais la stabilité reste hors de portée, tant que les ambitions concurrentes et les influences étrangères continuent de tirer la Libye vers le chaos.

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