WASHINGTON — La spectaculaire querelle entre Donald Trump et Elon Musk pourrait avoir des conséquences dramatiques pour le programme spatial des États-Unis. En cause : près de 22 milliards de dollars de contrats gouvernementaux attribués à SpaceX, l’entreprise fondée par Musk, désormais menacés par une escalade politique inédite entre les deux hommes.
Tout a commencé par une critique de Musk à l’encontre du projet de loi de Donald Trump sur les réductions d’impôts et les dépenses publiques. En réaction, le président a menacé de mettre fin aux contrats fédéraux liant le gouvernement à SpaceX et à Starlink, les deux sociétés de Musk. En réponse, ce dernier a déclaré sur son réseau social X que SpaceX commencerait « immédiatement à déclasser » ses capsules Dragon, utilisées pour transporter des astronautes vers la Station spatiale internationale (ISS). Il a toutefois atténué ses propos quelques heures plus tard, évoquant un « bon conseil » de temporiser.
Même si Musk est revenu sur sa menace, celle-ci a suffi à semer le doute sur la fiabilité de l’un des partenaires clés de la NASA. Le vaisseau Dragon, développé grâce à un contrat de 5 milliards de dollars, est aujourd’hui le seul engin spatial américain capable de transporter des équipages vers l’ISS. Sa mise hors service désorganiserait le fonctionnement de la station et remettrait en cause les engagements des États-Unis vis-à-vis de leurs partenaires internationaux.
Les tensions entre Musk et Trump éclipsent ainsi une relation qui, jusqu’à récemment, semblait bénéficier mutuellement aux deux hommes. SpaceX avait profité de faveurs stratégiques, comme l’intégration de ses fusées dans les programmes de défense ou la promotion de la mission martienne au détriment du retour sur la Lune. Trump avait même nommé Jared Isaacman, un proche de Musk, au poste d’administrateur de la NASA — avant de retirer sa candidature à la dernière minute, sur fond de soupçons de sympathies démocrates.
SpaceX, qui domine aujourd’hui le secteur spatial privé avec ses fusées Falcon 9 et son mégaprojet Starship, pourrait sans doute absorber une partie du choc économique. Mais les analystes estiment que la perte de contrats majeurs ralentirait considérablement les ambitions de l’entreprise et retarderait des projets stratégiques pour les États-Unis. Le Sénat a d’ailleurs commencé à désavouer certaines coupes budgétaires de Trump, en proposant de rétablir les financements pour les missions lunaires Artemis 4 et 5 jusqu’en 2029.
L’ancienne administratrice adjointe de la NASA, Lori Garver, a averti que rompre les contrats avec SpaceX pourrait ne pas être légal. Elle s’est cependant inquiétée d’un PDG « hors de contrôle » menaçant de mettre en péril la vie d’astronautes. Cette crise marque un tournant dans la relation entre pouvoir politique et industrie spatiale privée, avec des répercussions potentiellement majeures pour l’avenir de l’exploration spatiale américaine.