Alors que Téhéran multiplie les démonstrations de force militaires et les déclarations hostiles envers les États-Unis et Israël, la République islamique continue de revendiquer sa volonté de parvenir à un nouvel accord nucléaire avec Washington. Une posture à double face qui illustre la complexité de la situation régionale et les intérêts stratégiques contradictoires d’un régime sous pression.
Ces derniers jours, l’Iran a publiquement soutenu une attaque des rebelles houthis du Yémen ayant visé les abords de l’aéroport international Ben-Gourion, près de Tel-Aviv, une action largement couverte par les médias d’État iraniens. Dans le même temps, le ministère de la Défense a diffusé les images d’un nouveau test de missile balistique, tandis qu’un haut responsable militaire répondait aux menaces proférées par le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. Une fresque dévoilée par une organisation liée aux Gardiens de la révolution illustre par ailleurs une carte d’Israël couverte de cibles, évoquant un poignard yéménite.
En parallèle, l’Iran déclare toujours vouloir reprendre les négociations avec les États-Unis pour relancer un accord nucléaire. Des discussions prévues à Rome le week-end dernier n’ont finalement pas eu lieu, tandis que l’administration Trump maintient sa position inflexible : aucune levée de sanctions sans abandon total de l’enrichissement d’uranium, une exigence que Téhéran juge inacceptable.
Le contexte régional complique encore la position de l’Iran. Depuis l’attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, qui a causé 1 200 morts et l’enlèvement de 250 personnes, la riposte israélienne à Gaza a bouleversé les équilibres. Avec plus de 52 000 morts dans l’enclave selon les autorités sanitaires locales, Israël a affaibli militairement les alliés régionaux de l’Iran, du Hamas au Hezbollah, en passant par le régime syrien, dont le président Bachar al-Assad a été renversé fin 2024. Seuls les Houthis au Yémen restent aujourd’hui un levier d’influence actif pour Téhéran.
La frappe houthie en Israël, bien qu’applaudie par l’Iran, est officiellement présentée comme une initiative indépendante. Une posture ambiguë destinée à éviter une escalade directe tout en continuant d’alimenter la résistance régionale. Le ministre iranien de la Défense a même mis en garde Washington : « L’histoire récente de l’Iran montre que le langage des menaces ne fonctionne pas », a-t-il déclaré.
Malgré ces tensions, les priorités économiques priment pour Téhéran. Le régime souhaite à tout prix un allègement des sanctions qui étranglent son économie, comme en témoigne le récent redressement du rial, qui s’échange désormais à 840 000 pour un dollar contre plus d’un million auparavant — un sursaut attribué uniquement à la perspective d’un accord. Pourtant, un compromis reste lointain. Trump aurait imposé un ultimatum de deux mois à l’ayatollah Ali Khamenei dans une lettre transmise via un diplomate émirati en mars.
Face aux pressions militaires et diplomatiques croissantes, notamment les menaces américaines contre les importateurs de pétrole iranien, Téhéran cherche à maintenir des canaux ouverts. Le ministre iranien des Affaires étrangères s’est récemment rendu à Islamabad pour évoquer les négociations avec son homologue pakistanais, tandis que ses échanges avec la diplomatie européenne se sont révélés plus tendus. La chef de la politique étrangère de l’UE, Kaja Kallas, a dénoncé le soutien militaire iranien à la Russie et exigé des progrès en matière de droits humains et de libération de ressortissants européens.
Dans cette phase critique, l’Iran tente de préserver son rôle de puissance régionale tout en manœuvrant pour desserrer l’étau économique. Mais entre les exigences occidentales, la situation à Gaza et les revers géopolitiques, sa marge de manœuvre paraît de plus en plus étroite.