Les États-Unis ont conclu un cessez-le-feu surprise avec les rebelles Houthis le 6 mai dernier, mettant un terme à une campagne de bombardements qui durait depuis plus de sept semaines. D’après une enquête de Reuters, cette issue diplomatique inespérée a été rendue possible après que les services de renseignement américains ont détecté, dès le début du mois, des signes montrant que les Houthis cherchaient discrètement une porte de sortie au conflit.
Selon plusieurs hauts responsables américains, les Houthis — affaiblis par l’intensité des frappes et en quête de répit — ont entamé des contacts indirects par l’intermédiaire de médiateurs régionaux. L’Iran, principal soutien des Houthis, aurait également encouragé ce tournant, motivé par ses propres discussions avec Washington autour de son programme nucléaire. Une source proche du dossier a confié que les Houthis avaient « commencé à en avoir assez » et redoutaient une escalade incontrôlable, susceptible de mettre en péril leur survie stratégique.
Ce changement de cap intervient alors que les États-Unis, bien qu’ayant réussi à affaiblir partiellement les capacités militaires des Houthis, avaient subi des pertes notables, dont deux avions, sept drones MQ-9, et des dépenses dépassant le milliard de dollars. Une campagne plus longue, d’au moins huit mois, avait pourtant été recommandée par le commandement central de l’armée. Mais l’administration Trump a préféré capitaliser rapidement sur l’ouverture des Houthis, permettant au président d’annoncer une percée diplomatique à la veille de sa tournée au Moyen-Orient.
L’envoyé spécial américain, Steve Witkoff, a joué un rôle central dans les négociations, menées de façon indirecte via Oman. Selon les informations de Reuters, Witkoff s’est entretenu avec le porte-parole des Houthis, Mohammed Abdulsalam, qui transmettait les échanges au chef du groupe, Abdul Malik al-Houthi. Un accord-cadre aurait été finalisé dès le 5 mai.
À la surprise générale, Donald Trump a annoncé le lendemain la fin des hostilités, affirmant que les Houthis avaient « capitulé » : « Ils ont dit : s’il vous plaît, ne nous bombardez plus et nous n’attaquerons pas vos navires », a-t-il déclaré. De leur côté, les Houthis ont justifié la trêve comme une simple réponse conditionnée à l’arrêt des frappes américaines.
Ce cessez-le-feu offre un répit stratégique pour les deux camps. Pour les Houthis, il permet de se reconstruire et de soulager la pression militaire et économique. Pour Washington et ses alliés, il réduit le risque de voir le conflit s’étendre aux monarchies du Golfe. Une source a averti que sans désescalade, les Houthis auraient pu frapper l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis.
Toutefois, de nombreuses voix s’élèvent pour souligner que ce cessez-le-feu ne constitue pas une victoire définitive. Les experts rappellent que les Houthis, bien qu’affaiblis, n’ont pas perdu leurs capacités offensives et continuent d’attaquer Israël, non concerné par l’accord. En outre, les dirigeants houthis de haut niveau sont restés intacts et les lignes d’approvisionnement n’ont pas été coupées, laissant planer le risque d’un retour des hostilités.
Enfin, plusieurs analystes estiment que la perception des Houthis — et de l’Iran — reste inchangée : ils voient toujours Israël et les États-Unis comme une même entité. Ainsi, la trêve actuelle pourrait n’être qu’une pause tactique dans un conflit plus large, où les enjeux régionaux et géopolitiques dépassent largement les eaux de la mer Rouge.