Mardi 31 mars, le tribunal correctionnel de Paris se penche sur un dossier qui vaut symbole. Pour la première fois depuis sa création, le parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) voit l’une de ses affaires jugée en audience publique, devant la 35e chambre correctionnelle, récemment installée pour ce type de contentieux. Le Pnaco n’a que trois mois d’existence et déjà, il teste sa promesse: centraliser, frapper vite, tenir la ligne face aux logiques d’intimidation.
Au coeur du dossier, un homme de 35 ans, détenu à la prison d’Annœullin (Nord). Il est poursuivi pour des menaces de mort visant le maire de Douai, Frédéric Chéreau, et le procureur général de Douai, Jacques Carrère. Selon les éléments versés à la procédure, le prévenu aurait envoyé depuis sa cellule des messages explicites au maire, dont « On va venir te tuer chez toi, tes jours sont comptés ». Il est aussi soupçonné d’avoir diffusé sur les réseaux sociaux une proposition d’argent pour faire tuer le procureur général.
Un détenu, une cellule, des menaces au grand jour
L’enquête attribue aussi au même homme des menaces adressées l’an dernier à une juge d’instruction et à une éducatrice chargée de son suivi. Le profil n’a rien d’un inconnu sorti de nulle part: il est décrit comme ancré de longue date dans la délinquance et il a été condamné le mois dernier à 20 ans de réclusion criminelle par la cour d’assises du Nord pour avoir éborgné un octogénaire lors d’un vol. Cette fois, devant le correctionnel, il encourt jusqu’à dix ans d’emprisonnement. La violence, ici, ne se raconte pas au conditionnel, elle s’empile.
Installé en janvier, le Pnaco a vocation à centraliser les procédures liées au narcotrafic, aux filières d’immigration clandestine, à la traite d’êtres humains, au proxénétisme et aux vols à main armée. Un premier procès lié à un dossier instruit par ce parquet s’était bien tenu en février, mais à huis clos, devant un tribunal pour enfants. L’audience de ce 31 mars change la donne: elle met la mécanique sous les projecteurs et rappelle que l’Etat veut tenir le front quand les menaces prennent des airs d’organisation.
Reste le fond, celui que les élus locaux connaissent trop bien: la pression qui monte, les insultes qui débordent, les menaces qui s’installent comme un bruit de fond. Quand un prévenu, même derrière les barreaux, se permet de viser un maire, un magistrat, une juge, une éducatrice, c’est l’idée même d’autorité qui est testée, au fil des messages et des promesses d’argent. Ce procès ouvre une séquence, celle d’une réponse pénale plus ciblée, avec une question en filigrane: jusqu’où faudra-t-il durcir pour que l’intimidation cesse d’être un outil comme un autre.
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