Après cinq ans et demi de dénégations, Cédric Jubillar a raconté devant la justice comment il avait tué son épouse Delphine, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Il a décrit la dispute, l’étranglement, le transport du corps dans une voiture, son enfouissement dans un champ et les objets dont il affirme s’être débarrassé.
Entendu par une magistrate de la cour d’appel de Toulouse, l’homme de 38 ans a officiellement reconnu sa responsabilité dans la disparition de son épouse : « Je reconnais les faits, je reconnais être l’auteur de la disparition de mon épouse. »
Une soirée apparemment ordinaire avant la dispute
Cédric Jubillar commence son récit dans la soirée du 15 décembre 2020. Il explique s’être couché vers 22h30. Son fils et Delphine seraient venus lui faire un câlin dans son lit avant qu’il ne s’endorme. Il affirme qu’il dormait mal depuis quelque temps, en raison du climat très tendu au sein du couple et de leur séparation. Durant la nuit, il se serait réveillé pour aller fumer une cigarette dans la cuisine afin de se détendre. Il se serait alors installé derrière le bar de la pièce. Une dispute aurait éclaté entre les deux époux. Selon Cédric Jubillar, Delphine l’aurait insulté et rabaissé, lui reprochant sa consommation de drogue et lui affirmant que personne ne voudrait de lui.
Le peintre-plaquiste affirme ensuite que son épouse lui aurait révélé l’existence de son amant avec une phrase qui l’aurait fait basculer : « J’en ai trouvé un qui me fait mieux l’amour que toi. »
« J’ai vrillé »
Cédric Jubillar raconte avoir perdu le contrôle après cette déclaration. Delphine se serait trouvée entre le réfrigérateur et le bar de la cuisine : « Je voulais qu’elle se taise, je l’ai attrapée par le cou et j’ai serré. » Il explique lui avoir demandé à plusieurs reprises de se taire, tout en maintenant ses mains autour de son cou. Il affirme avoir volontairement baissé les yeux pendant l’étranglement afin de ne pas croiser le regard de son épouse. Selon son récit, il regarde ses pieds pendant que Delphine lui fait face. Le geste se prolonge. Cédric Jubillar déclare avoir répété le même mot des dizaines de fois : « 30, 40, 50 fois, je ne sais pas, “tais-toi”. » Delphine finit par ne plus réagir. « Elle est tombée inerte. »
Il comprend qu’il vient de tuer la mère de ses enfants
Cédric Jubillar affirme être resté quelques instants sans comprendre ce qu’il venait de faire. Il décrit ensuite un état de panique et de sidération : « Il m’a fallu quelques instants pour réaliser que je venais de tuer la mère de mes enfants. » Il explique s’être retrouvé tétanisé, incapable de savoir immédiatement comment réagir. Il pense alors à ses deux enfants, présents dans la maison. Il affirme avoir voulu leur éviter de découvrir le corps de leur mère et dit avoir décidé de le dissimuler parce qu’il craignait leur réaction.
Le corps placé dans le coffre de la voiture
Cédric Jubillar raconte avoir soulevé le corps de Delphine et l’avoir chargé sur son épaule. Il l’aurait ensuite transporté jusqu’à la Peugeot 207 de son épouse avant de le déposer dans le coffre. Il serait retourné à l’intérieur de la maison pour se changer et vérifier que les enfants dormaient toujours. Il aurait ensuite pris une lampe frontale et les clés de la voiture. Pour éviter d’attirer l’attention des habitants de la rue, il affirme avoir laissé la voiture descendre silencieusement avant de démarrer : « J’ai descendu la rue au point mort pour ne pas réveiller les voisins. »
Une route prise sans destination précise
Cédric Jubillar affirme ne pas avoir préparé l’endroit où il allait abandonner le corps. Il serait parti au volant sans destination précise avant de prendre la direction du secteur de Cordes-sur-Ciel. Il dit s’être souvenu d’un terrain de Mailhoc où se trouvaient des monticules de terre ou de terreau agricole, à proximité d’un chantier. Il aurait garé la voiture, sorti le corps du coffre puis dégagé de la terre entre deux monticules avec ses mains. Il affirme avoir placé Delphine à cet endroit avant de la recouvrir. Le corps est ainsi resté dissimulé pendant plus de cinq ans. Cédric Jubillar a également déclaré qu’il pensait que les restes seraient découverts beaucoup plus rapidement.
Le téléphone, le manteau et les chaussures jetés
Après avoir caché le corps, Cédric Jubillar serait rentré à Cagnac-les-Mines. Il affirme avoir pris le téléphone portable de Delphine, son manteau et une paire de chaussures avant de les jeter dans la poubelle d’un voisin, située à environ 50 mètres du domicile familial.
Cette partie de ses aveux pose toutefois un problème important. Les expertises téléphoniques ont conclu que le téléphone de Delphine était resté dans un périmètre très restreint autour de la maison durant toute la nuit. L’appareil s’est activé à plusieurs reprises après l’heure à laquelle Cédric Jubillar affirme s’en être débarrassé. Un déverrouillage enregistré à 6h52 nécessitait notamment une manipulation humaine. Le téléphone s’est définitivement éteint à 7h48. Ces données devront donc être confrontées à sa nouvelle version.
Plus de 5 ans de mensonges
Après avoir dissimulé le corps et les effets personnels de Delphine, Cédric Jubillar a appelé la gendarmerie pour signaler sa disparition. Il a ensuite affirmé pendant plus de 5 ans ne pas savoir ce qui était arrivé à son épouse. Il explique désormais ne pas avoir réussi à revenir sur son mensonge, pris entre l’enquête, son incarcération et la médiatisation considérable de l’affaire. « Je me suis enferré dans le mensonge. » Le meurtrier affirme avoir subi une pression croissante et ne plus avoir su comment reconnaître les faits après avoir si longtemps clamé son innocence.
Des remords et la peur d’être rejeté par ses enfants
Durant son audition, Cédric Jubillar a également parlé de ses deux enfants. Il affirme penser régulièrement à eux et redouter qu’ils refusent désormais de le voir ou de lui parler. Il dit éprouver d’importants remords envers Delphine, leurs enfants et la famille de son épouse. Ces déclarations sont intervenues après sa condamnation, en première instance, à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Delphine.
Les ossements retrouvés à l’endroit indiqué
Le lendemain de son audition, le 16 juillet 2026, les enquêteurs ont effectué des recherches sur un terrain de Mailhoc désigné par Cédric Jubillar. Des ossements ont été découverts dans la zone qu’il avait indiquée. Les analyses ADN ont confirmé le 19 juillet que les restes étaient bien ceux de Delphine Jubillar. Pour la première fois depuis sa disparition, sa famille a donc obtenu la confirmation de son décès et retrouvé une partie de sa dépouille.
Son procès en appel reporté
Cédric Jubillar devait être rejugé en appel à partir du 21 septembre 2026 devant la cour d’assises de la Haute-Garonne. Ses aveux, la découverte du corps et les nouvelles expertises rendent impossible le maintien de cette audience. Le procès en appel a été reporté au premier semestre 2027. D’ici là, les enquêteurs devront vérifier chaque partie de son récit, déterminer les circonstances précises de la mort de Delphine et examiner les contradictions qui subsistent, notamment celles concernant son téléphone portable.