À Marseille, un surveillant pénitentiaire rattrapé par l’ombre du narcobanditisme
À Marseille, un surveillant pénitentiaire rattrapé par l’ombre du narcobanditisme

Marseille a ses façades ensoleillées, et ses coulisses plus sombres. Jeudi 20 février, au tribunal correctionnel, un surveillant pénitentiaire de 28 ans a dû répondre de faits de corruption après la fuite de documents sensibles sortis de l’univers clos des Baumettes. Au fond, l’affaire raconte une chose simple et inquiétante: quand les murs de la prison laissent passer des informations, c’est tout l’édifice de sécurité qui se fissure.

Tout part d’une perquisition, le 4 avril 2022, dans un véhicule visé par une enquête sur un double homicide lié au trafic de stupéfiants, et sur l’assassinat d’un homme retrouvé brûlé vif dans le coffre d’une voiture. Dans la boîte à gants, les policiers découvrent un petit trésor pour qui veut anticiper, cibler, se venger: la photo d’une figure du milieu marseillais, deux fiches pénales concernant deux détenus présentés comme membres de la bande dite « des Blacks », et même le planning de travail d’un agent des Baumettes. Des pièces prévues pour un usage strictement professionnel, capables, une fois dehors, d’alimenter des stratégies criminelles.

Des fiches pénales vendues comme des bouts de papier

À l’audience, le prévenu ne nie pas: 200 euros par fiche transmise. Une somme presque dérisoire au regard des risques, ce qui rend l’histoire encore plus glaçante. Il explique ne pas avoir mesuré la portée de ce qu’il laissait filer; sauf qu’une fiche pénale, ce n’est pas un papier anodin, c’est une boussole pour le milieu, avec des informations comme une date de libération, des éléments de parcours, et parfois de quoi déclencher représailles ou pressions. Le procureur, lui, a requis trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis, et une interdiction définitive d’exercer toute fonction publique.

Le tribunal rendra sa décision le 20 mars, mais le signal envoyé dépasse largement le sort d’un seul homme. Car dans une ville où les règlements de comptes se succèdent, l’institution pénitentiaire devient une cible à infiltrer, à user, à retourner, comme on s’attaque à une serrure. On peut bien multiplier les dispositifs, renforcer les régimes de détention, promettre l’étanchéité; si la confiance interne craque, la lutte contre le narcobanditisme perd un maillon essentiel, et c’est la chaîne entière qui se tend vers le point de rupture.

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