Dans Cœur sanglant, Vincent Lindon ne joue pas : il se livre. Et sans retenue. Le documentaire de Thierry Demaizière et Alban Teurlai est une plongée fascinante dans l’esprit tourmenté de l’acteur, qui semble prendre un malin plaisir à casser son image publique. À travers des séquences intimes filmées par lui-même, il expose ses fêlures, ses colères, son besoin viscéral de reconnaissance. Une démarche d’une sincérité si brutale qu’elle en devient inconfortable, parfois même dérangeante. Pourtant, derrière cet égo immense, ce monstre d’obsession et d’exigence, perce une immense solitude.
Ce portrait, ciselé à partir de 150 heures de confidences, révèle un homme hanté par son passé. Le divorce de ses parents, ses insécurités, son rapport à l’amour et à la célébrité sont autant de cicatrices à vif qu’il exhibe, presque compulsivement. Il dit tout, sauf sur sa famille, qu’il protège farouchement. Son humour décapant et sa conscience aiguë de son propre narcissisme rendent le spectacle à la fois tragique et fascinant. On le voit s’agacer au téléphone, chercher désespérément de la compagnie, s’émouvoir d’un arbre esseulé comme un reflet de lui-même. À chaque instant, il oscille entre le ridicule et le bouleversant.
Il y a, dans cette confession filmée, quelque chose de profondément admirable. Lindon ne s’excuse pas d’être excessif, obsessionnel, tyrannique avec lui-même et les autres. Il embrasse ses contradictions et nous les jette au visage. Ce documentaire, loin du simple autoportrait complaisant, est une plongée dans l’âme d’un homme en guerre avec lui-même. À la fois insupportable et touchant, il nous entraîne dans son chaos intérieur, et l’on en ressort, comme lui, essoufflé.